Le flux de bonnes nouvelles sera-t-il bientôt tari?

lundi, 04.03.2019

Obligataire. Le rallye exceptionnel des actifs risqués pourrait faire place à une évolution plus hésitante.

François Christen*

«He did it!», ou presque. L’ambitieux objectif de croissance de 3% de Donald Trump est quasiment atteint avec une expansion de 2,9% en 2018. Au quatrième trimestre, le PIB des Etats-Unis affiche une progression annualisée de 2,6% par rapport au trimestre précédent et de 3,1% en glissement annuel. 

Cette expansion est principalement alimentée par les dépenses de consommation et par l’investissement en biens d’équipement des entreprises, dont les progressions trimestrielles se chiffrent respectivement à 2,8% et à 6,2%. En repli de 3,5%, l’investissement résidentiel s’est en revanche contracté pour le deuxième trimestre consécutif. Les exportations nettes ont aussi entravé la croissance. Les dépenses gouvernementales ont été affectées par le «shutdown» partiel, mais présentent toutefois une faible augmentation à la faveur du budget consacré à la défense.

Volonté de patience

L’indice de prix des dépenses de consommation hors énergie et alimentation affiche une progression annualisée de 1,7% (1,9% en glissement annuel), toujours en dessous de l’objectif d’inflation de 2% visé par la Réserve fédérale. Ces chiffres sont donc compatibles avec la volonté de patience exprimée à moult reprises depuis le revirement de Jerome Powell, au début de l’année. Le président de la Fed n’a donc surpris personne en déclarant aux parlementaires que le contexte actuel, caractérisé par un taux d’intérêt directeur proche de la neutralité, une inflation contenue et des risques de ralentissement, justifiait la patience en attendant de mieux cerner l’évolution de la situation. En d’autres termes, la Fed devrait attendre et observer les données plusieurs mois avant d’agir, dans un sens ou dans l’autre. 

Certains persistent à anticiper une reprise du cycle de resserrement monétaire, en fin d’année, mais le «marché» escompte un statu quo durable. Cette perspective annonce un «atterrissage en douceur» de l’économie américaine - une manœuvre assez compliquée et rarement accomplie dans l’histoire économique récente. Euphoriques depuis que Jerome Powell a troqué sa veste de «faucon» pour celle de «colombe», les investisseurs veulent croire à ce scénario idéal et plébiscitent les actifs risqués depuis le début de l’année.

Le climat résolument «risk on», renforcé par l’espoir d’un accord commercial noué entre les Etats-Unis et la Chine, se manifeste par le rallye des actions et une chute des primes de risques, notamment sur le segment des emprunts «High Yield». De la panique exagérée de fin 2018, nous ne sommes peut-être plus très loin de l’excès de confiance, mais les valorisations actuelles demeurent raisonnables. Ce diagnostic s’applique aussi aux actions dont le spectaculaire rebond pourrait prochainement faire place à une évolution plus hésitante. 

Bund sous pression

Du côté des actifs les plus sûrs, les emprunts du Trésor US ont cédé un peu de terrain. Le rendement du «T-Note» à dix ans s’est redressé d’une dizaine de points de base pour s’établir aux environs de 2,75%. Les tensions sont moins prononcées sur les emprunts à court terme, ce qui implique une accentuation de la pente de la structure des taux d’intérêt à 20 points de base entre deux et dix ans de maturité, une déformation qui valide l’optimisme ambiant.

En Europe, les emprunts allemands sont également sous pression, ce qui a conduit le rendement du «Bund» à dix ans aux environs de 0,15%. Les emprunts italiens bénéficient en revanche du fort appétit des investisseurs pour les titres dégageant une prime de risque, si bien que le «spread Bund - BTP» a reflué aux environs de 2,5% à dix ans d’échéance. 

L’actualité conjoncturelle de la zone euro est plutôt terne: l’indice de confiance composite de la Commission Européenne est quasiment inchangé en février à 106,1 après 106,3 en janvier, mais le PMI consacré au secteur manufacturier est tombé à un niveau inquiétant (49,3 en février après 50,5 en janvier) en raison d’une faiblesse persistante de la marche des affaires en Allemagne et en Italie. Curieusement, la France ne semble guère affectée par les mouvements sociaux.

Nouveau référendum?

Au Royaume-Uni, le risque d’assister à un «no deal Brexit» a encore diminué. La date du «Brexit» pourrait être différée au-delà du 29 mars en cas de rejet de l’accord soumis au vote le 12 mars. Theresa May estime que ce délai ne devrait pas excéder trois mois, mais une extension plus longue n’est pas exclue et pourrait permettre de procéder à un nouveau référendum, voire à des élections, pour trouver une issue à ce lancinant divorce.

*Banque Profil de Gestion SA à Genève






 
 

AGEFI



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