La Chine se tourne vers l’euro

dimanche, 10.11.2019

Obligataire. Le nombre d’emprunteurs non-gouvernementaux envisageant de réduire leur dépendance au dollar pourrait augmenter.

Gianni Pugliese*

«Il faut avoir plusieurs cordes à son arc». L’expression reflète plutôt bien la décision de la Chine d’émettre des obligations en euros pour la première fois depuis 15 ans afin de réduire la dépendance au financement en dollars. 

Mardi 5 novembre, la Chine a ainsi levé 4 milliards d’euros répartis en 3 tranches: 2 milliards  d’euros sur 7 ans, coupon de 0,125%; 1 milliard d’euros sur 12 ans, coupon de 0,5%; 1 milliard d’euros sur 20 ans, coupon de 1%. L’opération a remporté un franc succès avec un carnet d’ordres qui s’est avéré supérieur à €19,5 milliards d’euros. 

En rupture avec la pratique d’emprunt

Elle marque en outre une rupture avec la pratique d’emprunt des deux dernières années, au cours desquelles les émissions souveraines en devises ont été libellées en dollars: 2 milliards de dollars en 2017 et 3 milliards de dollars en 2018. Avant cela, de 1997 à 2017, la Chine avait emprunté une fois en deutsche marks, deux fois en yens, trois fois en euros et six fois en dollars.

Mais le gouvernement n’est pas le seul à avoir privilégié le recours à la devise américaine. Les banques et les entreprises chinoises ont généralement suivi la même voie.

Le taux de change joue également un rôle

Pourquoi? Tout simplement pour accéder au marché obligataire le plus liquide au monde. Et la tendance a perduré puisque, cette année encore, des statistiques montrent que 180 milliards de dollars ont été levés sur le marché des capitaux, contre seulement 7,7 milliards d’euros. Elle pourrait cependant évoluer différemment pour plusieurs raisons. En effet, le nombre d’emprunteurs non-gouvernementaux envisageant de réduire leur dépendance au dollar pourrait augmenter.

Dans ce cas, la dynamique dépendrait des craintes liées aux pressions potentielles exercées sur les investisseurs américains visant à éviter l’achat de signatures chinoises. Le taux de change joue également un rôle. Pour rappel, cette année le yuan s’est apprécié contre l’euro mais tous deux se sont dépréciés contre le billet vert. Alors pourquoi ne pas emprunter en euros et réduire le risque de change? Mais revenons sur les 3 nouvelles émissions gouvernementales. 

Une aubaine pour la Chine et pour les investisseurs

Que dire des perspectives de performance?

Elles sont plutôt favorables. La pénurie de dette souveraine chinoise en euros a non seulement contribué à attirer la demande mais pourrait, toutes choses égales par ailleurs, soutenir les prix des obligations sur le marché secondaire.

Autre facteur positif, l’offre régionale est négligeable puisque parmi les autres gouvernements asiatiques, seules l’Indonésie, les Philippines et la Corée du Sud ont émis des obligations en euros depuis 2014. Sans oublier un Bund qui clôturait mardi à -0,31%, une aubaine pour la Chine qui a pu emprunter sur un marché à moindre coût et pour les investisseurs qui ont obtenu un rendement supérieur et positif.

A titre anecdotique, la Chine émettait en 2001 un emprunt en euros à 5 ans et payait alors un coupon de 5.25%. En 2003, le coupon était de 3.75% pour une maturité identique. Puis en 2004, un emprunt à 10 ans était assorti d’un coupon à 4.25%.

L’archer a atteint sa cible.

*Analyste Obligations chez Mirabaud & Cie






 
 

AGEFI




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