Happy Hours sur les marchés de crédit

lundi, 01.07.2019

Obligataire. Le message des banques centrales relance la recherche de rendement et la prise de risque.

Catherine Reichlin*

Quel trimestre en dents de scie! Et c’est grâce à un énième coup de pouce des banques centrales que les marchés de crédit le terminent en trombe.
Alors qu’en mai la pression montait, guerre commerciale et technologique oblige, juin a amené les nouvelles favorables suffisantes pour regonfler l’optimisme des marchés financiers. Un esprit chagrin verrait le verre à moitié vide et parlerait des risques globaux, qu’ils soient conjoncturels, géopolitiques ou encore commerciaux, mais pas les marchés financiers. Preuve en est la très forte activité du marché primaire de la semaine: 10 milliards de dollars émis en catégorie investissement à jeudi soir et près de 9 milliards en catégorie spéculative sur le marché américain.
Le mois de juin sera sans doute le plus riche en termes de nouvelles émissions depuis septembre 2017. Le marché du dollar en Asie devrait également boucler sa troisième semaine consécutive de volumes dépassant les 10 milliards de dollars, un première pour 2019.
Le message des banques centrales, qu’il s’agisse de la Fed ou de la BCE, est devenu plus accommodant et relance la recherche de rendement et la prise de risque.
Même si il soulèvera sans doute des questions de limites, un nouveau programme d’assouplissement quantitatif serait même envisagé en Europe. D’autres banques centrales comme en Inde, en Chine, en Russie, au Chili mais aussi en Australie ont joint l’acte à la parole et ont déjà baissé leurs taux. L’attention reste fixée sur le verre à moitié plein, toujours.
Les marchés émergents profitent de la fête, comme l’argentin YPF qui, malgré une notation de B, est parvenu à emprunter à une échéance de 10 ans, 500 millions de dollars à un rendement de 8,75% (et un coupon de 8,5%) alors que le rendement indicatif annonçait «le bas des 9%».
En monnaies locales, les rendements des émetteurs émergents suivent la même tendance: 4,42% pour l’indice BBG Barclays Global EM Local Cur Govt, proche de ses plus bas de 2016 (4,38%). Une des motivations du géant Pimco à se montrer plus prudent sur la dette émergente en monnaie locale, plus sensible aux tensions commerciales.
Le secteur automobile semble également plus vulnérable avec ses 55 milliards de dollars de dette arrivant à échéance au second semestre. Malgré l’appétit des marchés, un excès d’offre pour un secteur sous pression pourrait peser sur les primes de risque, mais ne regardons pas trop le verre à moitié vide!
Finalement, l’évolution des rendements des gouvernements européens à 10 ans offre un éclairage alternatif de la situation extrême dans laquelle nous nous trouvons actuellement.
Le rendement du 10 ans allemand tend vers celui de son homologue suisse à -0,32% (-0,57% pour la Confédération) alors que celui du 10 ans italien est talonné par le 10 ans... grec qui n’offre plus que 30bp de plus (2,40% contre 2,09%). Autant dire que les marchés semblent bien décidés à boire le vin jusqu’à la lie, et qui sait, peut-être que les banques centrales régaleront une nouvelle fois.

* Responsable recherche financière chez Mirabaud & Cie






 
 

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