Quand l’inflation se fait désirer

vendredi, 26.04.2019

Obligataire. Le manque de pression inflationniste en Australie et dans les autres pays développés a amené les banques centrales à redevenir plus accommodantes.

Gianni Pugliese*

«L’Arlésienne» est un conte d’Alphonse Daudet datant de 1866. Dans ce récit, un jeune homme veut épouser une jeune Arlésienne dont il est tombé fou amoureux. Des fiançailles et une grande fête sont organisées mais la fiancée n’apparait pas. Par extension, l’Arlésienne a fini par désigner toute personne, ou chose, qu’on attend et qui ne se présente pas.

Chute des cours du pétrole

Actuellement, l’inflation est un peu «l’Arlésienne» des banques centrales. Le dernier exemple en date concerne l’Australie où les chiffres d’inflation, publiés le 24 avril, ont marqué un fort recul au cours des 3 premiers mois de l’année. La cause majeure étant la chute des cours du pétrole au cours de l’exercice 2018 qui a entrainé une diminution de 8,7% des prix à la pompe. A 0% en glissement trimestriel et 1,3% en glissement annuel, les niveaux ont été en dessous des attentes et inférieurs à ceux du trimestre précédent, 0,5% et 0,8% respectivement.
La faiblesse de l’indice a déclenché la réaction des économistes qui, malgré la résilience du marché du travail, les signes d’amélioration en Chine et les inquiétudes sur l’endettement des ménages, prévoient désormais une réduction du taux directeur dès la prochaine réunion de la banque d’Australie, le 7 mai. Le marché attribue 90% de probabilité de 2 baisses de taux au cours des 6 prochains mois. La devise s’est logiquement dépréciée, -1,2% sur la séance à 0.7015 contre dollar; le rendement de l’obligation gouvernementale à 3 ans a baissé de 15bp touchant un plus bas historique de 1,27%; l’indice actions ASX200 a progressé de 0,95% à 6319, un sommet non atteint depuis 11 ans.

Seul le chômage a diminué

Le scénario australien fait écho à celui de tant d’autres banques centrales. Le taux directeur est resté inchangé à un plus bas de 1.5% depuis août 2016, mais avec un biais restrictif. Ceci reflète le point de vue des autorités monétaires qu’un marché de l’emploi en resserrement devrait accélérer la croissance des salaires et relancer l’inflation. Mais alors que le taux de chômage a diminué à 5%, le reste ne s’est pas réalisé.

Loin de l’objectif de 2% à 3%

Si une inflation plus faible était anticipée au premier semestre en raison de la chute du Brent l’année dernière, il n’en demeure pas moins que l’inflation sous-jacente – qui exclut les éléments volatils – s’est avérée aussi décevante. A 1,6% en glissement annuel, l’objectif d’inflation entre 2% et 3% de la banque d’Australie est loin d’être atteint. La borne inférieure de 2% n’a d’ailleurs plus été franchie depuis fin 2015.
In fine, les perspectives économiques ont poussé M. Lowe, Gouverneur de la banque centrale, à abandonner son biais restrictif au profit d’une position neutre en février déjà. Une impression de déjà-vu, voire même familière, renforcée le jour-même par le ton accommodant adopté par la banque centrale du Canada, quelques milliers de kilomètres plus loin.

* Analyste obligations, Mirabaud & Cie






 
 

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