Un peu de patience de la Fed et ça repart!

lundi, 14.01.2019

Obligataire. Le changement de posture de la Réserve fédérale américaine et une possible exagération fin 2018 ont favorisé une reprise retentissante des actifs risqués.

François Christen*

Les marchés obligataires ont généralement connu une semaine assez paisible, alors que les actifs risqués affichent une reprise spectaculaire depuis le début de l’année. Ce rebond s’applique à toutes les catégories d’actifs qui avaient enregistré des pertes sévères durant le mois de décembre: actions, pétrole et emprunts d’entreprises de qualité douteuse. Du côté des actifs les plus sûrs, les emprunts du Trésor US affichent des rendements quasiment inchangés au terme de la semaine écoulée. 

Le rendement du «T-Note» à dix ans se maintient en dessous de 2,7% en réponse à des nouvelles qui confirment la volonté et la capacité de la Fed à se montrer patiente. Publié mercredi passé, le procès-verbal de la réunion du FOMC des 18 et 19 décembre nous apprend que les participants étaient sensibles aux développements qui agitaient les marchés financiers à la fin de l’année. Pour beaucoup de participants, le comité peut se montrer patient avant de resserrer davantage les conditions monétaires dans un environnement dénué de pressions inflationnistes. Plusieurs participants estiment nécessaire de mieux évaluer les risques qui ont commencé à se manifester et les effets du resserrement déjà accompli avant d’opérer de nouveaux changements. 

Le procès-verbal de la Fed nous rappelle que le comité fonde ses décisions en fonction des données et de leurs implications pour les perspectives économiques. En d’autres termes, la Réserve Fédérale n’accorde pas une importance prioritaire aux marchés, même si le niveau de l’indice S&P 500 constitue aussi une donnée. Le PV apporte aussi un éclairage sur les projections de taux d’intérêt des «Fed funds» dévoilées tous les trois mois. Ces prévisions sont basées sur l’appréciation courante des perspectives économiques et ne constituent pas un programme prédéfini. Dans cette logique, la projection dévoilée en décembre (intégrant deux relèvements du taux de Fed funds en 2019) traduit un certain optimisme, en contraste avec la fébrilité de Wall Street.

Comportement paisible 

Les derniers indicateurs confirment le comportement paisible de l’inflation en décembre. Les prix à la consommation ont légèrement fléchi le mois passé (-0,1% mensuel, 1,9% en glissement), mais l’évolution sous-jacente (0,2% mensuel, 2,2% en glissement annuel hors énergie et alimentation) demeure proche des visées de la banque centrale. Sur le marché du travail, les sollicitations d’indemnités de chômage se maintiennent à un niveau (216.000 selon le dernier relevé hebdomadaire) susceptible d’impliquer des tensions. 

En matière budgétaire, le blocage subsiste: le «shutdown» partiel de l’administration fédérale se prolonge depuis plus de trois semaines, ce qui constitue un record. Tant Donald Trump que les Démocrates campent sur leurs positions au sujet du mur que le Président veut ériger à la frontière mexicaine. Cette fermeture commence à avoir des effets tangibles – quoique marginaux – sur l’activité. Le présent commentaire est d’ailleurs affecté par une raréfaction des indicateurs, puisque nous ne pourrons vraisemblablement pas prendre connaissance de l’évolution des ventes au détail et des commandes de biens durables alors même que la Fed met l’accent sur les «données».

En Europe, la structure des taux d’intérêt en euros est inchangée. Les emprunts du gouvernement allemand présentent toujours de rendements amplement négatifs à court terme. Le rendement du Bund à 10 ans est demeure sous pression, en dessous de 0,25%. Sur le marché des capitaux souverains, les primes de risque des BTPs italiens sont en léger repli, malgré l’arrêt du programme d’achats d’actifs de la BCE.

Les indicateurs publiés la semaine passée sont plutôt sombres. On observe en novembre un déclin de la production industrielle en Allemagne (-1,9% mensuel, -4,7% en glissement annuel), en France (respectivement -1,3% et -2,1%) et en Italie (-1,6% et -2,6%). En outre, le déclin des commandes adressées aux firmes allemandes et la dégradation du climat des affaires (indice de la Commission Européenne en repli de 1,04 en novembre à 0,85 en décembre) ne préfigurent aucun redressement. Le déclin de l’indice de confiance global de la Commission (109,5 en novembre à 107,3 en décembre) complète un tableau morne, qui devrait inciter la BCE à reconsidérer ses projets de relèvements des taux d’intérêt pour la fin de l’été. A cet égard, la banque centrale explore diverses pistes afin de raviver le crédit destiné aux ménages et aux entreprises en accordant des prêts à très long terme aux banques commerciales – une vielle recette qui produit des effets limités.

Au Royaume-Uni, les développements conjoncturels sont moroses, mais la structure des taux d’intérêt est soumise à de modestes tensions. Le parlement s’apprête enfin à statuer sur l’accord âprement négocié par le gouvernement May. Les conséquences d’un rejet – largement escompté – demeurent difficiles à évaluer en l’absence de tout «plan B» explicite. Rien de marquant à signaler en Suisse, où l’on observe des taux d’intérêt stables.

Signes d’essoufflement

Le rebond spectaculaire des actifs risqués présente des signes d’essoufflement alors que les investisseurs s’apprêtent à prendre connaissance des résultats enregistrés au quatrième trimestre. Le ralentissement de la croissance mondiale et la dégradation du climat des affaires dictent une certaine prudence même si les négociations entre les Etats-Unis et la Chine aboutiront probablement à un accord évitant le scénario du pire. Affaiblie, la Chine peut difficilement s’offrir le luxe de subir une nouvelle salve de barrières tarifaires. Il est donc permis d’espérer un accord que Donald Trump ne manquera pas de présenter comme un succès majeur. 

Un apaisement commercial et la patience de la Réserve Fédérale pourraient toutefois ne pas suffire à alimenter un «rallye» durable des actifs risqués face au retournement conjoncturel qui se profile en 2020.

*Banque Profil de Gestion SA à Genève






 
 

AGEFI



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