Ça peso sur les taux!

mardi, 17.07.2018

Obligataire. L’Argentine reste le pays avec le taux d’intérêt de référence le plus élevé au monde: 40%.

Catherine Reichlin*

Record conservé! L’Argentine reste le pays avec le taux d’intérêt de référence le plus élevé au monde: 40%. Un niveau que la Banque Centrale d’Argentine (BCRA) a choisi de laisser inchangé cette semaine alors qu’elle révisait ses prévisions d’inflation pour 2018 légèrement à la hausse… à 30%.

Transparence sur le programme de financement

Un vent de changement souffle toutefois sur la BCRA: des réunions désormais mensuelles (au lieu de deux fois par mois), une augmentation de la responsabilité des membres du comité qui désormais voteront (au lieu de «conseiller» le gouverneur qui portait seul la responsabilité des décisions) et le suivi d’agrégats monétaires (une forme large de M0) en plus de la cible d’inflation. Le ministre des Finances argentin a également fait preuve d’une transparence appréciée en communiquant sur le programme de financement du pays jusqu’à la fin 2019. Non seulement les besoins sont moins importants que craint, mais le marché local devrait permettre d’en couvrir l’essentiel.

Une annonce saluée par le marché comme en témoigne notamment le placement cette semaine de $1.6 milliard de dette domestique «dual-currency» pour laquelle les carnets d’ordres ont atteint $2.14 milliards de demande. Ces efforts de transparence sont bienvenus pour tenter de restaurer la confiance vacillante des investisseurs. Après deux ans de lune de miel qui avait débuté avec le retour de l’Argentine sur le marché de la dette internationale et le plus gros emprunt émergent jamais émis ($16.5 milliards) suivi d’un emprunt à 100 ans, le pays s’est retrouvé à devoir demander le soutien du FMI au mois de mai. Qu’est-ce qui explique cette dégringolade? Outre le contexte extérieur peu favorable aux actifs émergents, des facteurs domestiques ont également eu un impact notable. Le déclencheur remonte à décembre lorsque l’Argentine a changé sa cible d’inflation 2018 de 8%-12% à 15% et repoussait d’une année son objectif de réduction d’inflation. La dégringolade du peso, en baisse de plus de 30% depuis le début de l’année, a poussé la BCRA à relever les taux à 40%, à intervenir sur le marché des changes et finalement à devoir demander le soutien du FMI.

Les lenteurs de la transition économique argentine

La transition du modèle économique protectionniste vers un modèle plus libéral souffre de lenteurs et de résistances mais l’intention est là et crédible si l’on en croit MSCI qui a décidé en juin de redonner le statut «Emergent» à l’Argentine, malgré le programme de soutien du FMI. Reste que la route demeure longue et le contexte actuel de remontée du dollar, de hausse des rendements américains, de tensions commerciales et défiance générale pour les investissements émergents ne facilite pas la vie de l’Argentine.

*Mirabaud






 
 

AGEFI




...