Le Qatar investit au Liban et soulage les investisseurs

vendredi, 25.01.2019

Obligataire. L’annonce d’investissement qatari a eu un impact positif en particulier sur les échéances deux et trois ans.

Gianni Pugliese*

Moody’s a abaissé d’un cran la note du Liban à Caa1 le 21 janvier. Le pays partage désormais la même catégorie de crédit que le Gabon, la Zambie et l’Irak. 

L’agence a argumenté sa décision en soulignant le risque accru que le gouvernement procède à une restructuration de la dette publique ou entreprenne d’autres opérations de gestion du passif. Un rééchelonnement, par exemple, ou d’autres mesures de ce type équivaudraient à un défaut de paiement selon sa définition. Elle s’inquiète également du vide politique qui pèse sur la stabilité financière: huit mois après les élections le Liban n’a toujours pas de gouvernement. 

Selon Moody’s, un éventuel défaut pourrait être écarté si un nouveau gouvernement était formé et réalisait rapidement les réformes sur lesquelles le précédent exécutif s’était engagé, en avril 2018, lors de la conférence CEDRE à Paris (une conférence de soutien à l’économie libanaise). 

Le déblocage d’environ 11 milliards de dollars d’aides avait alors été conditionné à ces réformes, dont l’une des principales était de réduire le déficit d’un pourcent chaque année pendant cinq ans. De son côté, le Ministre sortant des Finances, M. Ali Hassan Khalil, a assuré que la situation financière et monétaire du pays restait stable et que le Trésor était en mesure d’honorer sa dette. Et quelques heures avant l’abaissement de la note, le Qatar avait annoncé vouloir investir 500 millions de dollars en obligations souveraines libanaises dans le but de «stabiliser un pays important du Moyen-Orient». 

Soulagement

Quelle a été la réaction du marché? L’annonce d’investissement qatari a eu un impact positif en particulier sur les échéances deux et trois ans avec des baisses de rendements de -209bps et -144bps! Le rendement du 8.25% Liban au 12.04.2021 est passé de 14.55% en clôture le 18 janvier à 12.46% le 25 janvier, reflétant le soulagement des investisseurs sur le service de la dette à court terme. Les maturités plus longues ont également bénéficié de l’annonce, mais dans des proportions moindres car l’évolution des rendements sur ce segment dépendra probablement plus des progrès à venir des réformes attendues. En effet, la dette publique du Liban, estimée à plus de 160% du PIB cette année, pourrait atteindre près de 180% d’ici 2023 selon le FMI. 

Ce qui fait dire à certains spécialistes que le soutien financier ne permettra pas à lui seul de faire face aux défis auxquels le pays est confronté. Ils soulignent en outre qu’une des priorités majeures est celle de rétablir la confiance envers le secteur bancaire, principal détenteur de la dette souveraine avec la Banque du Liban.

Un programme crédible

C’est pourquoi il est indispensable qu’un gouvernement soit mis en place sous peu avec un programme crédible de réformes structurelles. Sans cela, la prime de risque sur la dette libanaise, actuellement d’environ 870bps sur une échéance à cinq ans, restera vraisemblablement élevée. Le Qatar a donné un peu d’air au Liban, mais il en faudra pour rassurer le marché.

*Analyste Obligations chez Mirabaud & Cie






 
 

AGEFI



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