Bonnes nouvelles escomptées et risques ignorés

lundi, 25.11.2019

Obligataire. L’activisme monétaire a soulevé une vague d’optimisme qui pourrait se briser en 2020.

François Christen*

Alors que les indices boursiers américains culminent, les emprunts du Trésor US présentent des rendements à peu près stationnaires, reflet d’un climat «zen» sur les marchés financiers. La structure des taux d’intérêt en dollars US s’est toutefois légèrement aplatie en pivotant autour d’un axe proche de 5 ans d’échéance: de légères tensions se manifestent sur le segment des échéances courtes, conduisant le rendement du «T-note US» à deux ans au-dessus de 1,6%, alors que le procès-verbal de la dernière réunion du FOMC confirme qu’il ne faut espérer un nouvel assouplissement monétaire dans un avenir proche. Le message est passé, et bien accepté par les investisseurs qui abordent 2020 avec confiance.

Repli tactique vers les actifs moins cycliques

Les indicateurs publiés la semaine passée entretiennent généralement l’espoir d’une stabilisation de l’activité au quatrième trimestre, prélude à un hypothétique renforcement conjoncturel l’an prochain. Le PMI consacré au secteur manufacturier s’est légèrement repris en novembre (52,2 préliminaire, après 51,3 en octobre), à l’instar de l’indice de la Fed de Philadelphie (10,4 après 5,6). Le PMI consacré aux services traduit aussi une timide amélioration du climat des affaires (51,6 après 50,6), mais reste loin de refléter une expansion dynamique. Seul le secteur immobilier se porte bien, comme en témoigne l’indice NAHB (70 en novembre), à la faveur de la baisse marquée des taux d’intérêt hypothécaires.

L’amélioration de la confiance des ménages (96,8 en novembre après 95,5 en octobre) est de bon augure dans la perspective des ventes au détail de fin d’année censées décoller en fin de semaine à l’occasion du «Black Friday». Bien que généralement rassurantes, les statistiques récentes n’étayent que fragilement l’optimisme des investisseurs qui plébiscitent les actions depuis la fin de l’été. 

Le «Fed put» et l’espoir – récurrent, mais toujours pas concrétisé – d’un apaisement des tensions commerciales entre les Etats-Unis et la Chine entretiennent un climat d’optimisme qui porte en lui des risques de déception. Dans un tel contexte, nous recommandons toujours un repli tactique vers les actifs moins cycliques et vers les emprunts moins risqués même si les perspectives économiques ne s’annoncent, pour l’heure, pas trop défavorables.

En Europe, plusieurs symptômes de stabilisation retiennent l’attention. Les PMIs consacrés au secteur manufacturier poursuivent leur redressement (46,6 préliminaire en novembre après 45,9 en octobre à l’échelle de la zone euro). Le rebond de la jauge allemande de 42,1 à 43,8, corroboré par l’indice IFO du climat des affaires (95 après 94,7), suggère que le pire est passé et que l’avenir s’annonce plus souriant. L’érosion des PMIs consacrés aux services (51,5 après 52,2) montre toutefois qu’il est prématuré de célébrer un renforcement significatif de la croissance.

La BCE à court de munitions

Christine Lagarde a tenu vendredi un discours évoquant deux défis auxquels la zone euro est confrontée: la mutation du commerce international et le ralentissement de la croissance des économies avancées. La présidente de la BCE est sensible à ces développements, qui justifient une politique monétaire stimulante, mais appelle aussi à prendre des mesures non monétaires, soit fiscales et institutionnelles. Entre les lignes, on comprend que la BCE est quasiment à court de munitions et que c’est désormais aux autorités politiques de prendre des mesures aptes à raviver la demande à court terme et à stimuler l’offre à long terme (via des gains en productivité sachant que la démographie s’annonce pénalisante). L’appel de Christine Lagarde sera-t-il entendu à Berlin et à Bruxelles? Le doute est permis, ce qui signifie que la BCE est actuellement seule au front pour redynamiser la zone euro.

Sur le marché des capitaux, c’est le calme plat. Le rendement du «Bund» à dix ans est inchangé à -0,35%. Les primes de risques associées aux emprunts souverains plus risqués, tels que les BTP italiens, sont aussi stables alors que les indices boursiers oscillent au gré des rumeurs annonçant la finalisation d’un accord entre les Etats-Unis et la Chine. Les propos constructifs tenus Trump et Xi Jinping, ainsi que l’annonce, ce week-end, d’un durcissement des règles régissant la propriété intellectuelle en Chine ont conduit les marchés à spéculer sur un accord imminent entre les deux superpuissances. 

En cette fin d’année réjouissante pour les épargnants qui ont gagné sur presque tous les tableaux en 2019, les stratégistes rivalisent d’imagination pour prédire des gains accrus, alimentés par l’activisme des banques centrales et un éventuel apaisement des tensions commerciales et géopolitiques. Cette vision optimiste semble toutefois déjà largement escomptée sur le marché des actions et par les primes de risques assez réduites observées sur les marchés obligataires. Le moment semble venu de réduire un peu la voilure ou de mettre en place des stratégies de couverture.

*Banque Profil de Gestion SA à Genève






 
 

AGEFI




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