Maîtriser le virus ne garantit rien... en Corée du Sud

dimanche, 26.04.2020

Obligataire. La vague actuelle de dégradations de notes de crédit des entreprises à l’échelle mondiale est sans précédent.

Gianni Pugliese*

A l’origine, l’expression «se reposer à l’ombre de ses lauriers» signifiait «jouir d’un repos mérité avec un succès». Plus tard, elle s’est transformée en «il ne faut pas s’endormir sur ses lauriers», une connotation plus négative désignant celui qui se contente de ses premiers succès et arrête là les efforts. La Corée du Sud aurait pu y songer, même pour un bref instant. Après tout, elle a géré la lutte contre la pandémie avec un relatif succès salué par la presse internationale. Cela dit, le repos aurait été de courte durée et le réveil brutal car l’ampleur des dégâts n’autorise aucun relâchement pour cette économie fortement tournée vers les exportations. Il est déjà visible puisqu’au 1er trimestre, le PIB a reculé de 1.4% en glissement annuel, contraction la plus marquée depuis la crise de 2008.
Les difficultés ne font que commencer pour les émetteurs sud-coréens dont la plupart dépendent de la vigueur des exportations. Elles s’accentuent, même, car les agences de notation, inquiètes du manque de perspectives, sévissent sans répit. La vague actuelle de dégradations de notes de crédit des entreprises à l’échelle mondiale est sans précédent. Les emprunteurs coréens ne sont pas épargnés. Pire, Bloomberg indique que le nombre d’actions négatives est au plus haut depuis une décennie au moins. Ajoutons à cela la hausse des coûts de financements liée aux déclassements, et la pression sur les entreprises coréennes s’intensifie d’un cran. Celles actives dans les secteurs les plus touchés, ou très endettées, pourraient être confrontées à des risques de liquidité. Depuis le début de l’année, Moody’s a abaissé la note ou les perspectives de 9 émetteurs. Elle en a placé 18 supplémentaires sous surveillance négative en vue d’un déclassement. S&P de son côté a pris des mesures similaires sur 14 signatures. Aucune des deux agences n’a procédé à un relèvement de note de quelque entreprise coréenne que ce soit.    
Contrairement aux «poids lourds» industriels, un nombre de petites entreprises pourraient ne pas survivre sans le soutien du gouvernement. Avant même l’apparition du virus, leurs notations étaient déjà en souffrance en raison de la saturation de certains marchés pour leurs produits et/ou de besoins d’investissements élevés.
La conjoncture actuelle ne fait
que précipiter les décisions des agences. La dernière date du 17 avril, lorsque S&P a réduit la note de Hanjin Intl Corp, une société hôtelière appartenant à Korean Air Lines, de B- à CCC+. L’agence de notation a considéré que Hanjin était sous forte pression pour honorer ses échéances des six prochains mois. La pandémie a mis à mal ses revenus et les marchés des capitaux rechignent à ouvrir leurs portes aux émetteurs plus risqués. L’exemple de la Corée montre que la maîtrise du virus ne pèse pas lourd face aux dommages causés par le ralentissement planétaire. Globalisation oblige, «le repos à l’ombre des lauriers» devra attendre un endiguement synchronisé de l’épidémie pour pouvoir transformer une réussite sanitaire en un succès économique.

* Mirabaud & Cie






 
 

AGEFI



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