Un répit précaire sans fondements convaincants

lundi, 20.08.2018

Obligataire. La Turquie, l’Italie, les tensions commerciales sont autant de problèmes qui n’ont pas été désamorcés.

François Christen*

Rien à signaler sur le front obligataire, toujours aussi paisible. La structure des taux d’intérêt en dollar US n’a presque pas changé de physionomie au cours de la semaine écoulée. Le rendement du T-Note à dix ans s’établit toujours au milieu d’un «trading range» de 2,75 % - 3 % qui perdure depuis plusieurs semaines. La phase de panique associée à la chute de la livre turque a fait place à un environnement un peu plus serein, quoique toujours menaçant. La devise a récupéré une partie des pertes survenues vendredi passé, mais les carences structurelles de la Turquie subsistent et rien ne permet d’écarter un nouveau séisme monétaire. L’intervention de la banque centrale et les vociférations du Président Erdogan n’apportent pas de solution durable au problème turc.

Des turbulences inquiétantes se sont manifestées du côté de l’Inde, de l’Indonésie, de la Russie et du Brésil. Le yuan chinois est également sous pression face au dollar US, mais cette dépréciation graduelle n’est pas perçue d’un trop mauvais œil par les investisseurs. Le déclin du yuan devrait permettre de compenser partiellement les effets des taxes à l’importation mises en œuvre par les USA, mais il risque aussi de raviver les tensions commerciales. Nous n’en sommes toutefois pas à ce stade, puisque les USA et la Chine ont renoué un dialogue plus constructif qui pourrait conduire à un sommet réunissant Trump et Xi avant la fin de l’année.

Scepticisme sur les perspectives économiques

La chute des cours des matières premières survenue la semaine passée s’apparente aussi à une forme de contagion. Elle exprime aussi un malaise croissant des investisseurs à l’égard des perspectives économiques mondiales. En Europe, le creusement des primes de risque infligées à l’Italie constitue aussi un développement qui mérite une surveillance attentive. En bref, de nombreuses fissures laissent craindre de nouvelles phases d’instabilité qui maintiendront les taux d’intérêt à long terme en dollars sous pression, malgré la politique restrictive menée par la Fed. 

Le contexte international précaire pourrait impliquer une inversion de la courbe des rendements en dollars dans un avenir assez proche, même si l’actualité conjoncturelle demeure généralement souriante aux USA, comme en témoigne la progression soutenue des ventes au détail (0,5 % mensuel en juillet, 6,4 % en glissement annuel; respectivement 0,5 % et 5,7 % hors automobile et carburant). 

L’expansion solide de la production manufacturière (0,3 % mensuel, 2,8 % annuel en juillet), le niveau des demandes d’indemnités de chômage (212.000) et l’évolution de l’indice régional «Empire» sont autant de symptômes d’une économie bien portante, vouée à poursuivre une expansion assez vive si l’on se fie à l’indicateur avancé composite publié par le Conference Board (110,7 en juillet après 110 en juin). Les rares bémols qui se font entendre, comme la dégradation de la confiance des consommateurs (95,3 préliminaire en août après 97,9 en juillet) ou le repli de l’indice de la Fed de Philadelphie de 26 à 12, ne permettent pas de conclure à un ralentissement remettant en question le relèvement de taux du taux d’intérêt des «Fed funds» attendu le mois prochain.

*Dynagest S.A. à Genève






 
 

AGEFI



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