L’ultime étape d’un cycle métronomique?

lundi, 17.12.2018

Obligataire. La Réserve fédérale des États-Unis s’apprête vraisemblablement à conduire une politique plus prudente, mais moins prévisible.

François Christen*

A quinze jours de la fin de l’année, une évidence s’impose déjà. Le millésime financier 2018 laissera un goût amer à tous les investisseurs qui n’ont pas eu la sagesse – ou la chance – d’accorder une place de choix aux placements monétaires (si possible en dollars US) ou aux quelques actions qui se sont mieux comportées que les indices majeurs.

Valeurs défensives par excellence, les obligations gouvernementales n’ont pas été d’un grand secours puisqu’elles terminent généralement l’année sur des performances proches de zéro, voire légèrement négatives. Tel est notamment le cas des emprunts du Trésor US qui dégageaient, à la clôture de vendredi, une perte chiffrée à -0,3%. Les emprunts gouvernementaux européens se sont un peu mieux comportés. L’indice FTSE/Russel EGBI, qui retrace l’évolution des emprunts souverains de la zone euro, présente un gain de 0,5%. Les emprunts du Trésor britannique ont généré un rendement total proche de 1%. Les emprunts de la Confédération helvétique ont en revanche généré un rendement négatif de -0,3%, qui s’explique par les valorisations extrêmes qui prévalaient au début de l’année.

En règle générale, l’exposition au risque de crédit s’est révélée pénalisante. Le creusement des primes de risque liées aux obligations d’entreprises a entraîné des pertes plus prononcées pour cette catégorie d’emprunts. Epargnés jusqu’à la fin de l’été, le segment «high yield» a été plombé par le repli des cours pétroliers et par la diminution drastique de l’appétit pour le risque qui a également entrainé la correction des actions, lesquelles traversent toujours une zone de turbulences.

Peu de vagues

Le regard des investisseurs est désormais tourné vers le FOMC qui tiendra aujourd’hui et demain sa dernière réunion de l’année. Jerome Powell et ses collègues s’apprêtent probablement à relever encore une fois le taux d’intérêt des «Fed funds» d’un quart de pourcent, vers une marge comprise entre 2,25% et 2,5%. Amplement signalé et escompté, ce geste ne devrait pas faire beaucoup de vagues, mais l’audience de la Réserve Fédérale prêtera une grande attention aux termes du communiqué officiel, aux propos tenus par Jerome Powell en conférence de presse et aux nouvelles projections qui seront dévoilées à cette occasion.

L’inflexion du discours du Président Powell et de plusieurs autres gouverneurs devrait logiquement trouver un écho à l’issue de cette réunion. Les investisseurs espèrent clairement des signes d’apaisement suggérant que le cycle trimestriel de relèvement des taux d’intérêt n’est pas loin de son terme. Concrètement, les marchés souhaiteraient observer une révision à la baisse du taux d’intérêt projeté à fin 2019 (de 3,1% en septembre à 2,9% en décembre?). Le maintien du statu quo serait mal perçu alors que la Fed ne manque pas d’arguments pour choisir un cap plus prudent.

Les derniers indicateurs publiés aux USA ne traduisent pas de rupture. L’inflation (2,2% en glissement annuel en novembre, «headline & core») est conforme aux visées de la Fed. La progression des ventes au détail demeure robuste (0,5% mensuel, 4,6% en glissement annuel hors automobiles et carburant), à la faveur d’un marché du travail tendu (demandes initiales d’indemnités de chômage au plus bas, à 206.000 selon le dernier relevé hebdomadaire). Les PMIs dévoilés par Markit traduisent cependant un léger tassement de l’activité tant du côté manufacturier (53,9 préliminaire en décembre après 55,3 en novembre) que pour les services (53,4 après 54,7). La banque centrale ne peut toutefois pas ignorer les développements internationaux, la fébrilité de Wall Street, l’aplatissement de la courbe des rendements ainsi que les premiers symptômes de refroidissement du secteur immobilier (indice NAHB en net repli à 56), soit autant de facteurs qui plaident pour un changement de cap après deux ans de cycle de resserrement métronomique (une seule pause, en septembre 2017).

En Europe, le Conseil des gouverneurs de la BCE tenait sa dernière réunion jeudi passé. Sans surprise, Mario Draghi a confirmé que le programme d’achats d’actifs s’achèvera en fin d’année. Le stock d’actifs sera maintenu par le biais de réinvestissements qui se prolongeront durant une «période étendue» après un relèvement de taux d’intérêt qui n’interviendra pas avant la fin de l’été 2019 si l’on se fie au «guidage des anticipations» de la BCE.

Facteurs géopolitiques

La banque centrale a légèrement revu à la baisse ses prévisions de croissance et d’inflation pour 2019 (-0,1 point de pourcentage, à respectivement 1,7% et 1,6%). La balance des risques qui planent sur la conjoncture est jugée équilibrée, mais la BCE perçoit une dégradation en lien avec les facteurs géopolitiques, le protectionnisme, la vulnérabilité des économies émergentes et la volatilité des marchés financiers. Ces risques et le ralentissement de la croissance confirmé par les derniers PMIs et l’indice ZEW pourraient conduire la BCE à attendre jusqu’en 2020, voire au-delà, avant de relever les taux d’intérêt. L’immobilisme de la BCE n’a pas eu d’impact sur le marché des capitaux en euros, à peu près stable au terme de la semaine écoulée, alors que le marché des actions reste fébrile.

Au Royaume-Uni, Theresa May a différé le vote du parlement sur l’accord âprement négocié avec l’UE, mais elle a survécu à une motion de censure lancée par une large frange de son propre parti. A moins de quatre mois de l’échéance, les chances d’aboutir à un accord qui contente tout le monde sont proches de zéro. L’UE ne semble pas prête à offrir la moindre concession. On s’achemine donc vers un vote parlementaire compliqué qui, en cas de refus, pourrait déboucher sur un nouveau référendum ou sur un «hard Brexit» aux implications encore incertaines, mais sûrement dommageable pour l’économie britannique. 

En Suisse, la BNS n’a surpris personne en réaffirmant sa volonté de réduire l’attrait du franc grâce aux taux d’intérêt négatifs. Le contexte international tourmenté et le ralentissement de la croissance helvétique justifient cet immobilisme qui pourrait se prolonger aussi longtemps que celui de la BCE.

*Banque Profil de Gestion SA à Genève






 
 

AGEFI



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