Ces banques centrales qui nous veulent du bien

lundi, 04.11.2019

Obligataire. La Réserve fédérale américaine a assoupli sa politique monétaire, mais l’institut a en outre signalé sa volonté de ne pas en faire davantage.

François Christen*

Les marchés financiers ont bien digéré le copieux menu de la semaine passée. La Réserve fédérale a agi comme escompté en réduisant encore une fois son taux d’intérêt directeur désormais fixé dans une marge comprise entre 1,5% et 1,75%. Comme en septembre, deux membres du FOMC se sont opposés à la décision d’assouplir les conditions monétaires (Esther George et Eric Rosengren), mais une large majorité du comité s’est prononcée en faveur d’un nouveau geste de relance. 

Le ton du communiqué ainsi que les propos formulés par Jerome Powell lors de la conférence de presse et par plusieurs responsables les jours suivants ne préfigurent pas de réduction de taux d’intérêt en décembre. A défaut de symptômes alarmants, la Fed devrait maintenir le statu quo. La physionomie de la courbe des rendements en dollars US est compatible avec ce scénario. Le rendement du T-Note à deux ans s’établit à l’intérieur de la cible visée par la Fed. L’horizontalité de la structure des taux d’intérêt entre deux et cinq ans semble annoncer un maintien durable des conditions monétaires, alors que la pente ascendante au-delà de cinq ans traduit la confiance des investisseurs qui ont porté les indices S&P 500 et Nasdaq vers de nouveaux sommets.

L’actualité conjoncturelle est assez réjouissante, même si la modération de la croissance du PIB s’est vue confirmée par la première estimation dévoilée mercredi passé. L’expansion trimestrielle de 1,9% en rythme annualisé (2,0% en glissement annuel) est principalement alimentée par la consommation des ménages, en hausse de 2,9%, alors que les dépenses d’investissements non résidentielles affichent un recul significatif de -3,0%. La modeste reprise des exportations (+0,7% après -5,7%) ne rassure guère, tandis que l’investissement résidentiel affiche un redressement tangible à mettre au crédit de la Fed qui a favorisé un déclin des taux d’intérêt hypothécaires.

Très attendu, le rapport de l’emploi met en lumière une embauche robuste en octobre (128.000 après 180.000 en septembre, un chiffre revu à la hausse), malgré une distorsion négative liée à la grève des employés de GM. Le rebond marginal du taux de chômage, de 3,5% à 3,6%, ne remet pas en question la bonne santé du marché du travail. La progression du salaire horaire moyen, inchangée à 3% en glissement annuel, n’est pas de nature à impliquer des risques d’inflation. Au contraire, elle étaye le diagnostic du vice-président de la Fed Richard Clarida qui estime que l’économie est bien positionnée – «in a good place» en v.o. Seule zone d’ombre, la faiblesse du secteur manufacturier est confirmée par l’indice ISM qui reste en-dessous de 50, malgré un timide redressement en octobre (48,3 après 47,8), mais cette jauge semble avoir perdu de sa pertinence au profit de l’enquête conduite auprès des secteurs non manufacturiers, dont les résultats seront dévoilés aujourd’hui.

Détente insignifiante

En Europe, plusieurs indicateurs confirment la méforme de la zone euro. La croissance du PIB n’a pas dépassé 0,2% au troisième trimestre (1,1% en glissement annuel), conservant le rythme lent déjà observé le trimestre précédent. Le déclin de l’indice de confiance de la Commission Européenne (100,8 en octobre après 101,7 en septembre) ne permet pas, à ce stade, de diagnostiquer un renforcement de la conjoncture. Au mieux, l’amélioration du climat des affaires pourrait annoncer un léger renforcement de l’activité en 2020.

Le comportement de l’inflation (0,7% en glissement annuel en octobre, 1,1% hors énergie et alimentation) justifie toujours l’activisme de la BCE, désormais officiellement présidée par Christine Lagarde qui entame un mandat de huit ans. La structure des taux d’intérêt en euros n’a guère évolué la semaine passée. Une détente insignifiante a conduit le rendement du «Bund» allemand à dix ans à -0,35%.

Au Royaume-Uni, on observe un repli des rendements en livres sterling. Le report du «Brexit» et la tenue d’élections parlementaires le 12 décembre sont désormais confirmés. En Suisse, Thomas Jordan a encore une fois justifié les taux d’intérêt négatifs et laissé entendre qu’une baisse accrue n’était pas exclue si cela s’avérait nécessaire pour empêcher une appréciation excessive du franc. Le retour de l’inflation en territoire négatif (-0,3% en glissement annuel en octobre) apporte une légitimité au combat de la BNS  pour préserver la compétitivité des entreprises helvétiques. 

Au Japon, le Gouverneur de la banque centrale, Haruhiko Kuroda, a aussi évoqué un «biais» vers l’assouplissement monétaire qui a favorisé un déclin des rendements en yens tout en stimulant l’appétit des investisseurs pour les actifs risqués.

*Banque Profil de Gestion SA à Genève






 
 

AGEFI




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