Malgré le Covid, un climat d’insouciance estivale

lundi, 20.07.2020

Obligataire. La reprise, l’espoir d’un vaccin et l’activisme monétaire alimentent le rebond des actifs risqués.

François Christen*

Deux reprises concomitantes animent les marchés financiers: le rebond de l’activité économique post-confinement et la «deuxième vague» de Covid-19 qui sévit dans certaines parties du monde, notamment aux USA où le nombre de nouveaux cas confirmés ne cesse d’établir de nouveaux records (à plus de 70.000 par jour!) en raison de la propagation de la pandémie vers les Etats épargnés le printemps passé.

Des indicateurs à la hausse

En matière économique, les nouvelles sont réjouissantes et mettent en lumière une reprise marquée de la demande et de la production industrielle aux USA. Les ventes au détail ont bondi de 7,5% en juin, prolongeant un bond de 18% en mai! En glissement annuel, le chiffre d’affaires des détaillants dépasse de 1,1% le niveau observé en juin 2019, ce qui pourrait conduire à penser que la crise engendrée par le Covid-19 est déjà surmontée. Cette conclusion abusive omet toutefois de considérer l’effort de relance massif qui a été mis en œuvre, notamment les chèques directement adressés aux ménages américains.

Le redressement de la production industrielle est moins vif (5,4% mensuel, -10,8% en glissement annuel), mais les indicateurs régionaux suggèrent que la reprise s’est renforcée en juillet (notamment dans la région de New York où l’indice Empire est passé de

-0,2 en juin à 17,2 en juillet). Le secteur immobilier résidentiel connaît aussi une reprise probante selon l’indice NAHB qui a bondi de 58 en juin à 72 en juillet.

Quelques nuages apparaissent néanmoins à l’horizon. L’indice de confiance des consommateurs de l’Université de Michigan est reparti à la baisse (73,2 préliminaire en juillet après 78,1 en juin). Le reflux des demandes d’indemnités de chômage est désormais moins prononcé (1,3 millions nouvelles demandes d’indemnités, pour 17,4 millions de chômeurs indemnisés au total). En bref, la reprise de la demande a surpris par sa vigueur en mai-juin, mais elle pourrait s’étioler dès juillet en raison de la résurgence de la maladie et de la mise en œuvre, au niveau régional, de mesures restreignant certaines activités impliquant des risques de contamination.

L’espoir de disposer prochainement d’un vaccin

Si la pandémie est loin d’être surmontée, elle fait moins peur que le printemps passé et son impact sur la demande des ménages semble amoindri. La réponse des autorités a aussi évolué. Le confinement «pur et dur», trop dommageable pour l’économie, n’a plus la cote parmi les dirigeants qui trouvent de plus en plus de vertus aux masques jugés peu utiles le printemps passé. L’espoir de disposer prochainement d’un vaccin fiable alimente aussi l’optimisme des investisseurs qui plébiscitent les actifs risqués depuis fin mars. L’annonce d’une nouvelle phase d’essais pour le vaccin proposé par Moderna, l’entreprise de «biotech» US qui ferait la course en tête, a contribué à entretenir le climat «risk on» un peu exubérant qui a conduit le Nasdaq vers un nouveau sommet historique.

Sous l’influence des achats massifs de la Fed, les emprunts du Trésor US affichent des gains modestes au terme de la semaine écoulée: le rendement du T-Note US à dix ans a reflué à 0,6% en dépit de l’explosion du déficit budgétaire.

En Europe, les emprunts gouvernementaux allemands présentent des rendements en léger repli (-0,47% pour le Bund à dix ans). Le projet franco-allemand de plan de relance solidaire de l’UE se heurte à l’opposition des pays «frugaux» qui veulent plafonner le montant des subventions accordées aux pays les plus affectés par la pandémie, parmi lesquels on compte l’Italie et l’Espagne. Le sommet a néanmoins repris lundi en fin de journée et pourrait déboucher sur un compromis qui constituerait un premier et modeste pas vers une mutualisation de la dette gouvernementale au sein de l’Union Européenne.

Dans cette perspective, on observe un léger resserrement du «spread Bund – BTP» qui se rapproche de 1,5% à dix ans d’échéance. La lenteur et la difficulté des négociations témoignent de l’enlisement du chantier de l’intégration européenne même quand l’Allemagne et la France font preuve de bonne volonté. Au-delà du symbole, ce plan de relance ne constitue pas un enjeu crucial pour les investisseurs qui comptent sur les garanties implicites apportées par la BCE. La banque centrale a confirmé jeudi passé sa détermination de poursuivre une politique accommodante même si des signes probants de reprise ont commencé à se matérialiser en mai. Les taux d’intérêt directeurs et les modalités des programmes d’achats d’actifs sont inchangés et impliqueront des achats d’actifs nets jusqu’en juin 2021 au moins et des réinvestissements jusqu’à fin 2022.

En Suisse, Thomas Jordan a exprimé une volonté de maintenir un cap qui consiste principalement à endiguer le renforcement du franc par le biais d’interventions sur le marché des changes. De fait, l’évolution du bilan de la BNS reflète des interventions massives, excédant 100 milliards de francs depuis le début de l’année. Une baisse accrue du taux d’intérêt de dépôt, actuellement fixé à -0,75%, n’est pas totalement exclue. A contrario, un relèvement de taux d’intérêt semble totalement incompatible avec les visées de la BNS.

*Banque Profil de Gestion à Genève






 
 

AGEFI



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