Signe d’essoufflement après le beau temps

dimanche, 03.03.2019

Obligataire. La réduction de l’endettement des entreprises suffira-t-elle à atténuer les risques d’un marché très tendu?

Catherine Reichlin*

L’année a démarré sur les chapeaux de roue, toutes classes d’actifs confondues, et ce sont les actifs «risqués» qui en ont le plus bénéficié. Les marchés obligataires suivent cette tendance. Les marchés gouvernementaux sont positifs mais ce sont les emprunts de sociétés, «haut rendement» (HY) en tête, qui tiennent le haut du pavé.

Le HY réalise son meilleur début d’année depuis... 2001! La toile de fonds de cette envolée n’est en revanche pas très positive puisqu’elle résulte surtout d’une chasse au rendement au vu des anémiques taux gouvernementaux. La performance des emprunts d’Etat se fonde sur une dégradation du scénario de croissance mondiale et sur des attentes de politiques monétaires accommodantes.

Comment croire que les entreprises s’en sortiront mieux si la croissance ralentit? Une performance due aux flux et à la chasse au rendement est-elle soutenable? Quels facteurs pourraient continuer à soutenir ce marché? Le tant attendu mouvement de désendettement qui semble s’engager pourrait constituer un facteur de soutien.

General Electric annonçait lundi 25 février la vente de ses activités biopharmaceutiques pour $21 milliards. Un montant qui jusqu’à récemment aurait sans doute été utilisé pour de nouvelles acquisitions ou un retour aux actionnaires. GE a choisi de changer son fusil d’épaule en allouant ce montant au... remboursement de dettes! Une tendance confirmée dans la lettre annuelle aux actionnaires: la réduction de la dette est dorénavant la priorité. Un mouvement salué autant par les marchés actions qu’obligataires: le titre a réagi à la hausse et la prime du CDS 5 ans s’est fortement resserrée.

D’autres, comme AT&T, sont dans le même esprit: le géant télécom a annoncé que la réduction de sa dette faisait partie de ses tops priorités 2019. Son compétiteur Verizon a pour sa part l’ambition de retrouver une notation de crédit de catégorie A. Des nouvelles bienvenues si l’on se rappelle que le marché du crédit américain «catégorie investissement» (IG) est passé de 2,3 milliards de dollars à 5,3 milliards de dollars en 10 ans, une hausse principalement faite dans le segment IG le moins bien noté (BBB) dont la part est passée de 27% il y a 20 ans à quasi la moitié actuellement.

La réduction de l’endettement des entreprises sera-t-elle suffisante pour atténuer les risques d’un marché très tendu? La performance de février, toujours positive, s’essouffle par rapport à janvier et les primes de risques pourront difficilement se resserrer davantage. Certains comme Morgan Stanley, qualifient ces performances de début d’année de «rebond dans un bear market». Si tel est le cas, alors comment se positionner? Adopter une attitude plus prudente en prenant des profits et en réduisant le risque, pour ensuite privilégier des durations courtes sur des crédits d’entreprises dont les bilans sont plus solides. Cela permettra de s’assurer un portage et ainsi de rester proches des abris en cas d’orage.

*Mirabaud & Cie






 
 

AGEFI



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