Le Covid-19 terrasse les taux d’intérêt (sans risque)

lundi, 09.03.2020

Obligataire. La propagation du coronavirus engendre un stress sévère sur l’ensemble des actifs risqués.

François Christen*

François Christen

La Réserve fédérale n’a pas attendu le 18 mars pour frapper un grand coup en abaissant son taux d’intérêt directeur de 0,5 %, dans l’urgence. Même si une baisse de taux d’intérêt de cette ampleur était largement anticipée, la soudaineté du geste a quelque peu surpris sachant que l’économie américaine est robuste et encore largement épargnée par les effets collatéraux du Covid-19. Mieux vaut prévenir que guérir. Quand le stock de munitions est limité, il faudrait agir vite et avec audace. 

«Fed funds» abaissé entre 0% et 0,25% 

Comme évoqué dans notre précédent commentaire, les banques centrales sont largement désarmées pour contrer un «choc d’offre», sachant qu’un assouplissement monétaire stimule la demande. Cela étant, la Fed doit aussi tenter de maintenir des conditions financières fluides et de contenir les primes de risque infligées aux entreprises menacées par les conséquences de l’épidémie, la peur et les mesures drastiques de santé publique. La suite de programme dépendra de l’évolution future de l’épidémie à l’échelle mondiale. Une réduction accrue des taux d’intérêt, dès la réunion des 17 et 18 mars, est très probable compte tenu des développements sanitaires et financiers récents. Les anticipations préfigurent un taux d’intérêt des «Fed funds» abaissé entre 0 % et 0,25 % dans un avenir très proche.

Avec une semaine de recul, le geste de la Fed paraît dérisoire au regard de la propagation du virus à l’échelle mondiale. Les marchés financiers sont entrés dans une phase très critique qui intègre des symptômes de panique. Le rendement du T-Note US à dix ans est tombé, comme une pierre, en-dessous de 0.5 %! Aucun stratège n’avait anticipé une chute aussi brutale à des niveaux totalement indigestes pour les épargnants américains. 

Paradoxalement, l’effondrement de la structure des taux d’intérêt en dollars US intervient dans un contexte conjoncturel robuste, mis en lumière par le dernier rapport de l’emploi (273.000 postes créés en février, comme en janvier; taux de chômage en recul de 3.6 % à 3.5 %). L’indice ISM consacré aux activités non-manufacturières est passé de 55.5 en janvier à 57.3 en février, mais les investisseurs ont compris qu’il ne fallait pas accorder de crédit à un indicateur qui n’intègre pas l’actualité. En Chine, le PMI de Caixin consacré aux services est tombé de 51.8 en janvier à 26.5 en février! Avec un mois de retard, les PMIs occidentaux devraient connaître un sort identique en mars. A ce stade, une contraction du PIB mondial durant le premier trimestre paraît certaine et les perspectives pour le deuxième trimestre demeurent confuses. Fragile, le scénario de rebond rapide s’apparente à du «wishful thinking» sans fondements scientifiques.

Timides mesures fiscales

Partiellement occultées par le coronavirus, les «primaires» démocrates sont marquées par le retour en grâce un peu miraculeux de Joe Biden, qui a amplement bénéficié du désistement de deux candidats modérés à son profit et d’une mobilisation de l’électorat démocrate centriste. Elisabeth Warren, distancée, est aussi sortie de la course qui a pris l’allure d’un duel entre un «socialiste», jugé toxique à Wall Street, et un candidat plus consensuel qui devance légèrement son adversaire.

Face à la crise, plusieurs pays ont annoncé des mesures fiscales ciblées qui restent timides au regard des conséquences potentielles de l’épidémie sur l’activité. Les fonds libérés aux USA (8 milliards de dollars), en Italie (7.5 milliards d’euros) ou en Allemagne (12 milliards d’euros à l’horizon 2024) ne suffiront pas à calmer les esprits apeurés par la multiplication des foyers d’infection à l’échelle mondiale, quand bien même le taux d’infection recule en Chine.

Producteurs de pétrole dans une situation critique

La chute violente des cours du pétrole, amplifiée par la mésentente entre l’Arabie saoudite et la Russie (qui a refusé la semaine dernière une réduction des quotas proposée par l’Opep), marque une nouvelle étape dans la crise actuelle. Cette évolution pourrait bénéficier un peu aux consommateurs des pays importateurs, mais elle place certains producteurs dans une situation critique, ce qui se répercute sur les primes de risque de crédit sur le segment «High Yield».

Les emprunts de catégorie «Investement Grade» résistent beaucoup mieux, car le creusement des primes de risque restent inférieur à la baisse dramatique des taux d’intérêt «sans risque».

Comme la semaine passée, nous recommandons de réprimer les réflexes de «buy on dip» des actifs risqués ou de «prises de profits» sur les emprunts de première qualité en attendant de mieux cerner l’évolution de l’épidémie de coronavirus. Malgré le recul sévère des indices boursiers, les valorisations actuelles sont loin d’être irrésistibles au regard des risques d’assister à une récession globale quand la marge de manœuvre des banques centrales est réduite.

*Banque Profil et Gestion à Genève






 
 

AGEFI



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