L’horizon conjoncturel mondial demeure sombre

lundi, 30.09.2019

Obligataire. La méforme de l’Europe et l’essoufflement des Etats-Unis maintiennent les rendements sous pression.

François Christen*

Infirmant les espoirs de reprise, le troisième trimestre 2019 est marqué par la mise en œuvre de nouvelles mesures de stimulation aux Etats-Unis et en Europe. La Réserve fédérale a abaissé son taux d’intérêt directeur à deux reprises, pour le conduire entre 1,75% et 2%, et mis un terme à la réduction progressive de son bilan avant d’être contrainte de faire machine arrière en réinjectant des liquidités dans le système bancaire à coup de «repo». Ces efforts de relance ont permis de maintenir à flot des actions fragilisées par le ralentissement de la croissance mondiale et la «guerre commerciale» opposant les Etats-Unis à la Chine.

Les emprunts du Trésor US présentent des rendements en net recul sur l’ensemble du trimestre, mais à peu près stables au cours de la semaine passée. L’ouverture formelle d’une procédure qui pourrait théoriquement conduire à la destitution de Donald Trump n’a pas fait beaucoup de vagues sur les marchés. Le Président est accusé d’avoir fait pression sur l’Ukraine afin de fragiliser Joe Biden, qui compte parmi ses adversaires les plus sérieux pour l’élection de 2020. Bien que ce dérapage dévoilé par une source anonyme du «renseignement» ne soit pas anodin, Donald Trump paraît protégé par la majorité républicaine au Sénat qui semble prête à tolérer ce genre de comportement.

Dégradation sensible de la confiance

L’actualité conjoncturelle met en lumière une modération des dépenses des ménages en août (0,1% mensuel après 0,3% en juillet, en termes réels) et une progression contenue des prix (1,4% en glissement annuel, 1,8% hors énergie et alimentation). Les enquêtes conduites auprès des consommateurs transmettent des messages contradictoires. L’indice du Conference Board fait état d’une dégradation sensible de la confiance en septembre (125,1 après 134,2), alors que l’Université de Michigan signale une amélioration (93,2 après 89,9). Le jury n’a donc pas fini de délibérer quant à l’état de la consommation, mais on peut penser que cette dernière résistera aussi longtemps que le marché du travail restera proche du plein emploi (voire au-delà). A cet égard, le rapport attendu vendredi pourrait peser assez lourd dans la décision que prendra le FOMC le 30 octobre. Une embauche robuste et un climat géopolitique apaisé pourrait nous valoir un statu quo, en attendant la réunion de décembre.

Précédant les indices ISM, les PMIs de Markit affichent un rebond peu significatif en septembre (51 après 50,3 du côté manufacturier, 50,9 après 50,7 pour les services). A peine supérieures à 50, ces jauges reflètent une expansion peu dynamique, qui pourrait se renforcer à la faveur des efforts de relance entrepris par la Fed. Il convient toutefois de se souvenir que l’impulsion résultant des baisses d’impôts mises en œuvre début 2018 devrait se dissiper en 2020, quand le ratio du déficit budgétaire rapporté au PIB se stabilisera aux environs de 4,5%, ce qui impliquera un «policy mix» combinant une fiscalité neutre et des conditions monétaires un peu plus stimulantes. A ce cocktail domestique s’ajoutera l’influence du reste du monde, où des mesures de relance sont aussi mises en œuvre.

Mesures de relance de la BCE

Hors des Etats-Unis, les développements demeurent inquiétants, notamment en Europe où les indicateurs récents remettent en question le modeste rebond qui s’était manifesté en été. Hormis l’amélioration insignifiante du climat des affaires en Allemagne relatée par l’indice IFO (94,6 après 94,3), on observe une rechute des PMIs consacrés au secteur manufacturier (45,6 après 43,5, sous l’influence de l’Allemagne où le PMI s’inscrit à 41,4) et aux services (52 après 53,5). L’indice de confiance économique de la Commission Européenne est tombé de 103,1 à 101,7, tandis que l’indice agrégé du climat des affaires est tombé de 0,12 à -0,22.

Ces nouvelles, assez décevantes, n’ont pas eu un grand impact sur la structure des taux d’intérêt en euros. A -0,58%, le rendement du «Bund» à dix ans est quasiment inchangé, mais reste loin d’être appétissant. La BCE vient d’annoncer plusieurs mesures de relance, dont la reprise des achats d’actifs et une réduction du taux de dépôt à -0,5%, et il ne faut pas espérer davantage de sa part avant plusieurs mois. Christine Lagarde aura alors remplacé Mario Draghi, qui entame son dernier mois de présidence, et devra fédérer un Conseil des gouverneurs de plus en plus partagé.

Incertitude persistante

En Suisse, la chute de l’indicateur avancé du KOF (93,2 en août, au plus bas depuis 2015) traduit une dégradation des perspectives. Au Royaume-Uni, le Brexit fait la une de tous les médias, à un mois de l’échéance. Boris Johnson a connu un nouveau revers, infligé par la Cour Suprême qui a jugé illégale la fermeture du Parlement dictée par le gouvernement. Un troisième report, dans la perspective de nouvelles élections, constitue le scénario le plus probable à ce stade bien que le gouvernement conserve une petite marge de manœuvre. L’économie britannique est fragilisée par l’incertitude persistante, ce qui pourrait finalement conduire à une réduction des taux d’intérêt, comme vient de l’évoquer Michael Sauders qui compte pourtant parmi les «faucons» du Comité de Politique Monétaire.

*Banque Profil de Gestion SA à Genève






 
 

AGEFI




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