Des signes de faiblesse à prendre au sérieux

lundi, 07.10.2019

Obligataire. La dégradation du climat économique et politique aux Etats-Unis ébranle la confiance des marchés.

François Christen*

Une détente prononcée des rendements des emprunts du Trésor US et des actions en repli sont le symptôme d’un environnement «risk off». Les bourses mondiales ont connu un début de quatrième trimestre tourmenté en raison des craintes d’observer un ralentissement de l’économie américaine, ultime bastion de dynamisme parmi les économies avancées. La chute sévère de l’indice ISM manufacturier (47,8 en septembre après 49,1 en août) suggère néanmoins que les Etats-Unis subissent un refroidissement qui pourrait se muer en récession.
Certes, l’indice ISM consacré aux services et autres secteurs non manufacturiers reste supérieur à 50 – le seuil qui délimite expansion et contraction – mais la chute de 56,4 en août à 52,6 en septembre est significative. Les sous-indices relatifs à l’emploi suggèrent que les entreprises de services ont cessé de renforcer leurs effectifs et qu’elles ont commencé à débaucher du côté du secteur manufacturier.

«Bad news is good news»

Mal accueillie dans un premier temps, la chute des indices ISM a renforcé la probabilité d’assister à une troisième réduction des taux d’intérêt dès la fin de mois d’octobre, puis à un nouveau geste en décembre. Les marchés se fient ainsi à cette logique alambiquée qui postule que les mauvaises nouvelles sont... bonnes à prendre: «bad news is good news».
De fait, ces chiffres pourraient conduire le FOMC à assouplir davantage les conditions monétaires, mais il est hasardeux de miser sur une intervention salvatrice de la Fed.
Le message inquiétant transmis par les indices ISM est contredit par le rapport de l’emploi publié vendredi, qui fait état de la création de 136.000 postes en septembre (après 168.000 en août) et du déclin du taux de chômage à 3,5%, au plus bas depuis 50 ans! Ces chiffres suggèrent que l’économie américaine est encore assez bien-portante. La décélération de l’inflation salariale, de 3,2% à 2,9%, devrait rassurer les faucons du FOMC qui estiment qu’un taux de chômage aussi faible implique des risques de surchauffe.
En résumé, la vigueur de l’embauche et le déclin des indices ISM s’annulent plus ou moins. Une réduction des taux d’intérêt fin octobre n’est donc pas acquise, même si le caractère «retardé» du taux de chômage est tel qu’on ne peut pas écarter un risque de récession à moyen terme sur la base d’un rapport de l’emploi robuste. Parmi les membres du FOMC, Esther Georges vient de réaffirmer que l’économie américaine était en bonne santé, aussi bien sous l’angle de l’inflation, que du chômage et des perspectives de croissance. Après avoir plaidé pour le statu quo en septembre, la Gouverneur n’a pas changé d’opinion, mais se dit prête à revoir sa position au gré des développements futurs entachés par le conflit commercial et la faiblesse de la conjoncture mondiale.

L’évolution de l’inflation est stationnaire

La semaine écoulée s’est soldée par une détente prononcée des rendement en dollars: en-dessous de 1,4% du T-Note à deux ans et tout près de 1,5% pour le T-Note à dix ans. Quelques mauvaises nouvelles économiques et une ré-escalade du conflit commercial entre la Chine et les Etats-Unis pourraient envoyer les rendements en dollar dans la zone explorée en août.
En Europe, la structure des taux d’intérêt en euros n’a que légèrement fléchi, conduisant le rendement du Bund allemand aux environs de -0,6%. L’actualité conjoncturelle est moins frappante qu’aux Etats-Unis, car les PMIs finaux confirment, à peu de chose près, le sombre message déjà transmis par les estimations préliminaires: la zone euro est affaiblie, mais pas en récession grâce à la faible expansion des services. Le déclin des commandes industrielles en Allemagne n’annonce pas la moindre reprise avant plusieurs mois. L’évolution de l’inflation est stationnaire, aux environs de 1%, soit toujours en-dessous de la cible visée par la BCE qui vient prendre de nouvelles mesures de relance.
Des symptômes de ralentissement se sont aussi manifestés au Royaume-Uni, où le PMI consacré aux services est tombé en-dessous de 50 (49,5 en septembre après 50,6 en août), à l’instar du PMI manufacturier (48,3 après 47,4). La Suisse n’est pas épargnée: la chute du PMI manufacturier à 44,6 en septembre et le déclin des ventes au détail observé en août pourraient préfigurer une récession, dans le sillage de l’Allemagne. Le KOF a d’ailleurs revu à la baisse ses prévisions de croissance pour 2019 (0,9%, précédemment 1,6%) et 2020 (1,9% au lieu de 2,3%, ce qui paraît encore trop optimiste).
Au Japon, la dernière enquête Tankan traduit une dégradation de la marche des affaires (indice «grand manufacturier» à 5 en octobre après 7 en juillet) qui devrait impliquer une expansion anémique. Dans un tel contexte global, la fébrilité du marché des actions et la pression qui s’exerce sur les taux d’intérêt semblent justifiées et vouées à se prolonger malgré le changement de cap par les banques centrales entrepris durant l’été.

* Banque Profil de Gestion SA à Genève






 
 

AGEFI




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