La BCE évitera-t-elle un retour de la crise de la dette?

dimanche, 10.05.2020

Obligataire. La Banque centrale européenne prévoit d’acheter plus d’un billion d’euros d’obligations cette année. La charge est lourde.

Gianni Pugliese*

Gianni Pugliese

C’est un endroit qui ressemble à la Louisiane, à l’Italie. Il y a du linge étendu sur la terrasse, et c’est joli… On dirait le sud... Il y a dix ans à peine surgissait la crise de la dette souveraine européenne. Le déficit et la dette publique grecs affolèrent alors les marchés, laissant craindre un éclatement de la zone euro. Dix ans plus tard, la pandémie replonge le sud de l’Europe dans la crise et le torchon brule à nouveau entre les Etats membres.

Une stabilité compromise?

En effet, selon la Commission européenne, l’Italie, l’Espagne et la Grèce subiront des contractions économiques supérieures à 9 % cette année. Les programmes de sauvetage respectifs vont peser sur des finances publiques déjà chancelantes et creuser encore plus le fossé entre les pays du nord et ceux du sud. C’est pourquoi la Commission européenne en conclut que sans plan commun, les distorsions pourraient finir par compromettre la stabilité de la région.

Certes, ses prévisions de chute de 7,7 % du produit intérieur brut pour l’ensemble de la zone euro sont également catastrophiques, mais la différence de manœuvre budgétaire est telle entre les Etats membres qu’elle alimente ces craintes de fragmentation. Elles sont probablement justifiées dans la mesure où les écarts d’endettement existaient déjà. La pandémie n’a fait que rappeler l’évidence de la grande fragilité des finances de l’Europe du Sud. Le ratio dette/PIB de l’Italie est estimé à 159 % cette année, et celui de la Grèce pourrait se rapprocher de 200%.  

Les gouvernements ont dépensé des billions d’euros pour soutenir les entreprises et limiter le chômage. Or, faute de moyens pour certains, les réponses ont été inégales et les tentatives de négociation pour une approche commune s’enlisent dans des différends concernant le partage des charges. Les dirigeants des Etats membres ont demandé à la Commission d’élaborer un plan à l’échelle européenne s’appuyant sur un budget commun de financement.

Subventions ou prêts

Mais là encore, les divisions surgissent sur la question de savoir si l’aide doit prendre la forme de subventions ou de prêts, l’Italie et l’Espagne plaidant en faveur de la solidarité européenne. Dans l’autre camp, l’Allemagne et les Pays-Bas sont farouchement opposés à l’idée d’une dette commune. Ce manque de cohésion érode la confiance, il provoque de la frustration, des ressentiments et génère l’incertitude. Le marché pourrait considérer que la zone euro a fait «trop peu trop tard», une perspective autant inquiétante pour la soutenabilité de la dette italienne que pour la stabilité de la zone euro.

Le garant ultime de la cohésion

Alors sur qui compter pour éviter un retour de crise de la dette européenne? Sur la Banque centrale européenne, qui prévoit d’acheter plus d’un billion d’euros d’obligations cette année. La charge est lourde et son rôle est remis en question suite à la décision prise par la cour constitutionnelle allemande sur la nature de son aide. Elle n’en demeure pas moins fermement résolue à faire tout ce qui est nécessaire dans le cadre de son mandat, devenant ainsi le garant d’ultime ressort de la cohésion européenne.

*Analyste Obligations chez Mirabaud & Cie






 
 

AGEFI



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