La Fed réaffirme sa volonté de patience

lundi, 06.05.2019

Obligataire. La banque centrale américaine n’a pas répondu aux injonctions de l’inquiétant président des Etats-Unis.

François Christen*

Malgré une actualité économique copieuse, couronnée par l’offensive de Donald Trump envers la Chine, les marchés obligataires ont connu une semaine assez paisible. La structure des taux d’intérêt en dollars US n’a pratiquement pas changé de physionomie et le rendement du T-Note à dix ans a continué à évoluer dans une marge étroite, aux environs de 2,5%. 

Au menu de la semaine passée, on attendait quelques clarifications de la Réserve fédérale, à l’issue d’une réunion du FOMC qui s’est soldée par un statu quo largement escompté (abstraction faite d’une réduction «technique» du taux de rémunération des réserves de 5 points de base à 2,35%). Le communiqué n’intègre pas de révélations, mais des constats que tout observateur attentif avait faits par lui-même. L’embauche est solide, le taux de chômage est réduit, mais les dépenses de consommation et d’investissement ont ralenti, tandis que la progression annuelle des prix à la consommation a reflué en-dessous de 2%. 

Considérer les projections pour affiner le diagnostic 

Le comportement de l’inflation n’a toutefois pas donné lieu à un changement notable en matière de politique et de signaux. La patience est toujours de mise avant d’envisager un nouvel ajustement de la politique monétaire, dans un sens ou dans l’autre. A priori, le niveau actuel de l’inflation plaide pour un assouplissement monétaire, mais le FOMC ne semble guère préoccupé par le léger décalage par rapport à l’objectif de 2%. La relative faiblesse du renchérissement ne constitue pas un problème sérieux à ce stade. 

La prochaine réunion du FOMC, qui se tiendra les 18 et 19 juin, permettra d’affiner le diagnostic en prenant connaissance des projections des membres du comité. Il sera intéressant de voir si le «biais» haussier exprimé en mars subsiste ou si le FOMC se conforme aux vues d’un consensus qui espère une baisse de taux d’intérêt d’un quart de pourcent avant la fin de l’année, sachant que la Réserve Fédérale ne pliera pas face aux injonctions de Donald Trump, qui ne réclame rien de moins qu’une baisse de taux d’intérêt d’un pourcent!

En matière conjoncturelle, on relève un recul des indices ISM (52,8 en avril après 55,3 en mars du côté manufacturier; 55,5 après 56,1 pour les secteurs non manufacturiers) qui annonce un tassement de l’activité au deuxième trimestre. L’embauche nette s’est toutefois révélée robuste (263.000 postes créés) et le taux de chômage est tombé à 3,6% (en réponse à une baisse significative du taux de participation de 63% à 62,8%). La progression du salaire horaire moyen est toutefois inchangée à 3,2% en glissement annuel, un rythme acceptable au regard des gains en productivité et des visées de la Fed.

La balle est dans le camp de la Chine

L’actualité conjoncturelle a été brutalement occultée par deux «tweets» publiés dimanche par Donald Trump. Les menaces de relèvement des taxes frappant les produits importés de Chine formulées par le président américain remettent en question cinq mois de négociations souvent qualifiées de prometteuses, mais encore inachevées. Les marchés financiers se seraient bien passés de cette annonce qui constitue au mieux une manœuvre visant à conclure rapidement les négociations à l’avantage des Etats-Unis ou, au pire, à relancer l’agenda protectionniste qui avait été vendu aux électeurs. La balle est dans le camp de la Chine qui pourrait plier... ou rompre les négociations et répliquer comme en 2018. Entre ces deux extrêmes, on peut espérer que les négociations se prolongeront sans que Donald Trump n’exécute ses menaces vendredi.

En Europe, les rendements en euros sont toujours sous pression et quasiment inchangés, en dépit des turbulences boursières provoquées par les dernières frasques de Donald Trump. Loin d’être enthousiasmantes, les nouvelles récentes mettent en lumière une légère embellie. Le PIB de la zone euro affiche au premier trimestre une croissance annuelle de 0,4% (1,2% en glissement annuel) qui marque une accélération après le passage à vide du second semestre 2018. Le déclin du taux de chômage de 7,8% à 7,7% constitue aussi un symptôme rassurant, alors que les PMIs (47,9 du côté manufacturier, 52,8 pour les services) sont loin de traduire une conjoncture dynamique. L’accélération de l’inflation (1,7% annuel préliminaire en avril; 1,2% hors énergie et alimentation) ne devrait pas déplaire à la BCE, mais pourrait se révéler éphémère en raison des facteurs saisonniers atypiques. 

Au Royaume-Uni, la Banque d’Angleterre a maintenu son taux d’intérêt à 0,75%, tout en réaffirmant un biais préfigurant un relèvement des taux d’intérêt à moyen terme, malgré le climat d’incertitude généré par le Brexit. Les derniers indicateurs britanniques sont généralement tièdes. En Suisse, l’indice précurseur du KOF et le PMI traduisent une dégradation de la conjoncture qui devrait conforter la BNS dans sa lutte acharnée contre le «franc fort». Les rendements en livres sterling et francs suisses semblent donc voués à rester sous pression.

*Banque Profil de Gestion SA à Genève






 
 

AGEFI



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