Les marchés célèbrent la bienveillance monétaire

lundi, 24.06.2019

Obligataire. Jerome Powell et Mario Draghi ont signalé des mesures de relance dans un proche avenir.

François Christen*

Les investisseurs sont à la fête, ils gagnent sur tous les segments de l’allocation d’actifs. L’indice S&P 500 a établi un nouveau record historique la semaine passée, les rendements des emprunts du Trésor US ont encore fléchi, les primes de risque associées aux obligations d’entreprises reculent, le cours du pétrole flambe en réponse aux tensions géopolitiques entre l’Iran et les Etats-Unis. L’or est relancé par l’activisme monétaire et un climat géopolitique délétère.

Les marchés attendaient principalement la Réserve fédérale et la réunion du FOMC des 18 et 19 juin, mais ils ont aussi pu célébrer les déclarations de Mario Draghi, qui laisse entrevoir un assouplissement monétaire en Europe, ainsi que la perspective d’une rencontre de Donald Trump et de Xi Jinping, à l’occasion du sommet de G20 qui se tiendra à Osaka les 28 et 29 juin.

Il n’est plus question de «patience»

Les investisseurs avaient placé haut la barre des attentes, mais Jerome Powell et ses collègues sont parvenus, assez subtilement, à aller au-delà des anticipations en laissant entendre qu’ils étaient prêts à agir promptement en cas de nécessité. Le FOMC a certes maintenu le statu quo à une majorité de 9 contre 1 (John Bullard s’est exprimé en faveur d’une réduction du taux des «Fed funds» de 0,25%), mais il n’est plus question de «patience» avant un éventuel relèvement des taux d’intérêt. Les projections dévoilées la semaine passée mettent en lumière un FOMC partagé qui penche, à une infime majorité, vers le maintien du statu quo jusqu’à la fin de l’année. Sept participants prévoient cependant une réduction du taux d’intérêt directeur de 0,5% à six mois d’horizon.

Les propos tenus lors de la conférence de presse suggèrent que le FOMC est prêt à frapper fort en réduisant les taux d’intérêt de 0,5% dès fin juillet au gré des circonstances et de l’évolution des risques qui planent sur l’économie mondiale. En attendant un peu, les banquiers centraux devraient apprendre beaucoup. Le sommet du G20 permettra peut-être aux Etats-Unis et à la Chine de renouer un dialogue plus constructif et d’empêcher une escalade susceptible de faire des dégâts considérables et globaux. Par ailleurs, la publication du prochain rapport de l’emploi permettra à la Fed de mieux cerner l’état de la conjoncture américaine après le net ralentissement de l’embauche déjà observé en mai. 

L’actualité récente reflète un tassement de la croissance aux Etats-Unis. Les PMIs préliminaires dévoilés par Markit s’inscrivent près de 50 (50,1 après 50,5 du côté manufacturier; 50,7 après 50,9 du côté des services), soit à un niveau qui s’apparente à la stagnation. Le déclin des indicateurs régionaux (Empire, Fed de Philadelphie) tend à confirmer la dégradation du climat des affaires. La stabilité de l’indice précurseur du Conference Board corrobore le diagnostic de ralentissement, sans toutefois annoncer une récession à ce stade. 

Un objectif à caractère symétrique

La bienveillance de la Fed et la modération conjoncturelle ont provoqué une baisse accrue des rendements: celui du «T-Note» à dix ans est brièvement tombé en-dessous de 2% avant de se redresser à 2,03%. Tombé à 1,75%, le rendement du T-Note à deux ans préfigure un assouplissement marqué de la politique monétaire.

En Europe, Mario Draghi a surpris en formulant un discours qui laisse entrevoir de nouvelles mesures de relance dans un avenir proche. En fin de mandat, le président de la BCE a clarifié plusieurs points évoqués lors de la conférence de presse tenue après le dernier conseil des gouverneurs. Mario Draghi a notamment rappelé que l’objectif de la BCE présentait aussi un caractère symétrique, centré légèrement en-dessous de 2%. A cet égard, le «track record» de 20 ans de la BCE laisse à désirer, mais la banque centrale semble prête à accentuer ses efforts en relançant les programmes d’achats d’actifs et en abaissant davantage des taux d’intérêt déjà négatifs (avec de nouvelles mesures pour pallier aux effets secondaires). 

Pression à la hausse sur le franc

Les clarifications du président de la BCE ont accentué la pression sur les rendements en euros. Le rendement du «Bund» allemand à dix ans est tombé à -0,31% tandis que celui du «Schatz» à deux ans a atteint -0,75%. Le rendement de l’ «OAT» française à dix ans a fait une première incursion en-dessous de 0%. Encore contrainte de rémunérer ces créanciers, l’Italie a bénéficié d’une réduction des «spreads» à la faveur d’un apaisement des tensions entre le gouvernement et l’UE. Les PMIs préliminaires de Markit confirment la méforme du secteur manufacturier (47,8 en juin après 47,7 en mai) et la robustesse des services (53,4 après 52,9) à l’échelle de la zone euro. L’érosion de l’indice IFO (97,4 en juin après 97,9 en mai) n’annonce aucune reprise tangible en Allemagne.

Les emprunts en livres sterling et en francs suisses sont stationnaires. Les signaux émis par Mario Draghi et Jerome Powell accentuent la pression à la hausse sur le franc, ce qui pourrait contraindre la BNS à réduire davantage son taux d’intérêt directeur. Les rendements en francs pourraient donc fléchir davantage. Au Royaume-Uni, le «biais» de la Banque d’Angleterre n’est guère crédible, mais signifie que la Banque d’Angleterre n’emboitera pas le pas de la Fed et de la BCE avant de mieux cerner les risques inhérents au Brexit.

*Banque Profil de Gestion SA à Genève






 
 

AGEFI



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