Une lueur au bout du tunnel pandémique

mardi, 28.04.2020

obligataire. Des perspectives sanitaires fragiles et l’activisme monétaire soutiennent les actifs financiers.

François Christen*

A l’instar des actions, les rendements obligataires et les primes de risque de crédit sont restés relativement stables au terme de la semaine écoulée. Un retour à la normale semble se manifester sur les marchés financiers après les variations dramatiques survenues en mars et durant la première quinzaine d’avril. Les indicateurs économiques apportant un éclairage sur l’ «ère Covid-19» commencent à nous parvenir, mais ils n’ont pas tellement d’effets sur des marchés qui tentent de se projeter au-delà de la crise sanitaire qui frappe, de plein fouet, l’économie mondiale.

Aux USA, les demandes d’indemnités de chômage continuent à croître à un rythme qui se chiffre en millions par semaine (4.4 selon le dernier relevé) alors que cette jauge avoisinait 225’000 en février. Au total, ce ne sont pas moins de 26 millions de postes qui ont été supprimés depuis la mise en œuvre des mesures de confinement visant à contenir la propagation de l’épidémie de Covid-19. En extrapolant ces chiffres, on peut estimer que le taux de chômage aux USA est proche de 20 %, en qualifiant de chômeurs les personnes qui bénéficient d’un régime de chômage partiel (jugé temporaire et non inclus dans la statistiques du taux de chômage en Europe).

Sans grande surprise, les commandes de biens durables ont commencé à sombrer en mars (-14.4 % mensuel, -14.7 % en glissement annuel). La robustesse des commandes hors aéronautique et défense s’apparente probablement à un sursis dans l’attente d’un choc sévère en avril, qui constituera peut-être le point le plus profond de la récession qui a débuté. Issus de sondages auprès des directeurs d’achats, les PMIs préliminaires confirment la contraction sévère qui frappe aussi bien le secteur manufacturier (36.9 en avril vs 48.5 en mars) que celui des services (27 vs 39.8). Les ventes de maisons neuves et existantes ont chuté, mais la plupart des investisseurs et des stratèges ont déjà le regard rivé vers la sortie de crise qui commence lentement à se profiler en Europe et dans certains Etats américains.

L’optimisme des investisseurs est fondé sur le schéma épidémiologique observé en Chine, où l’épidémie a été pratiquement annihilée y compris dans la région du premier foyer d’infection du coronavirus. Les tendances observées en dehors de Chine ne justifient pas, au stade actuel, un optimisme délirant. Aux USA, les nouveaux cas diagnostiqués et les décès se maintiennent à des niveaux élevés, même si le «pic épidémique» semble franchi. Certains pays émergents comme la Russie, le Brésil ou l’Inde, frappés plus tardivement, semblent ne pas avoir atteint ce pic. En Europe, le tableau est contrasté, mais on perçoit un reflux encourageant dans plusieurs pays, dont l’Allemagne et la Suisse. Durement touchées, l’Italie, l’Espagne et la France affichent cependant un recul significatif des hospitalisations et des décès. Avec une stabilisation des nouveaux cas à un niveau élevé, le Royaume-Uni ressemble aux USA.

En bref, l’évolution de la pandémie étaye fragilement les programmes de «dé-confinement» qui sont annoncés et mis en œuvre en ordre disparate. La reprise s’annonce plus lente et graduelle que l’arrêt brutal survenu en mars. Au-delà du relâchement des contraintes légales, le rétablissement de la confiance des consommateurs n’est pas acquis. La peur de la maladie pourrait encore longtemps altérer les comportements et freiner certaines dépenses. L’activité au troisième trimestre semble vouée à rester faible, en particulier pour le tourisme, le transport aérien, la restauration et toute activité culturelle ou sportive impliquant des grands rassemblements.

Les premières étapes du «dé-confinement» font figure de test et un redressement des courbes d’infection préfigurant une «deuxième vague» épidémique pourrait remettre en question l’assouplissement des contraintes et l’optimisme qui s’exprime sur les marchés financiers. Il n’est donc pas recommandé de naviguer «toutes voiles dehors» dans la perspective d’une progression soutenue des actifs risqués.

Les primes de risque généreuses observées à fin mars se sont largement résorbées sous les coups de boutoir opérés par les banques centrales, Réserve Fédérale en tête. A cet égard, le FOMC et le Conseil de Gouverneurs de la BCE tiendront cette semaine des réunions régulières, sans grands enjeux, qui permettront de réaffirmer une détermination sans faille pour soutenir l’économie en préservant l’intégrité du système financier. 

Dans le sillage de la Fed, la BCE a annoncé jeudi passé qu’elle accepterait, en tant que collatéral, des emprunts d’entreprises déclassés en catégorie «junk» ce qui limite la casse pour les «fallen angels» qui ont perdu leur rating «Investment Grade» en raison de la crise actuelle. L’activisme des banques centrales devrait maintenir les rendements sous pression, tant pour les emprunts gouvernementaux que pour les titres plus risqués.

* Banque Profil de Gestion SA à Genève






 
 

AGEFI



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