Relance monétaire: les marchés en redemandent

lundi, 01.04.2019

Obligataire. De nombreux investisseurs spéculent sur une réduction des taux d’intérêt encore injustifiée.

François Christen*

Après quelques brèves phases de repli, le premier trimestre s’est achevé par une progression des actions et des emprunts d’entreprises à la faveur d’un recul des primes de risque. Les obligations gouvernementales affichent en revanche des comportements divergents. Des tensions modestes ont conduit le rendement du «T-Note US» à dix ans à 2,47%, alors que celui du rendement du «Bund allemand» est tombé  à  0,04%.

L’actualité conjoncturelle aux Etats-Unis est mitigée. Les grandes enquêtes conduites auprès des consommateurs transmettent des signaux contradictoires. L’indice publié par le Conference Board fait état d’une dégradation de la confiance (124,1 en mars après 131,4 en février), au contraire de l’indice établi par l’Université de Michigan qui reflète une amélioration (98,4 après 93,8). Le niveau réduit des demandes d’indemnités de chômage (211.000 selon le dernier relevé hebdomadaire) suggère cependant que le marché du travail demeure porteur et apte à soutenir la consommation privée. Le redressement de l’indice ISM manufacturier (55,3 en mars et 54,2 en février) rassure aussi.

Revirement de la Fed

La révision à la baisse de la croissance du PIB au quatrième trimestre (2,2% annualisé, au lieu de 3,0% précédemment estimé), le déclin des mises en chantier et des permis de construire ainsi que l’érosion de plusieurs baromètres conjoncturels régionaux justifient a posteriori le revirement de la Réserve fédérale qui a tant contribué au rétablissement de la confiance sur les marchés financiers durant le premier trimestre. 

L’inversion temporaire de la pente «3 mois - 10 ans» a suscité de nombreux commentaires, car cette situation atypique a précédé les trois dernières récessions qui ont frappé l’économie américaine au début des années 90, 2000 et avant 2008. La forme en U de la courbe des rendements en dollars préfigure davantage une réduction des taux d’intérêt qu’une récession durable, car la pente «2 ans - 10 ans» présente toujours une pente positive.

Outre l’inversion «3 mois - 2 ans», les contrats «futures» sur le taux d’intérêt directeur contrôlés par la banque centrale annoncent une réduction d’un quart de pourcent avec une probabilité proche de 100% à l’horizon janvier 2020! Ce scénario n’est toutefois pas ratifié par un FOMC qui, en mars, ne comptait aucun membre prévoyant une réduction de taux d’intérêt en 2019 et au-delà. De nombreux gouverneurs en poste viennent d’ailleurs de réaffirmer leur volonté de maintenir un statu quo durable, malgré les anticipations qui alimentent actuellement l’optimisme des investisseurs et malgré les conseils de Stephen Moore qui pourrait rejoindre le directoire de la Fed si Donald Trump parvient à faire nommer son controversé poulain au directoire de la Fed.

Espoir de stabilisation

En Europe, les rendements en euros sont poussés vers le bas par une actualité morose. L’indice de confiance de la Commission Européenne a fléchi pour le neuvième mois consécutif (105,5 en mars après 106,2 en février) pour s’établir au plus bas depuis 2016. L’indice du climat des affaires traduit une dégradation corroborée par la baisse du PMI manufacturier (47,5 en mars après 49,3 en février à l’échelle de la zone euro). Seul l’indice IFO, en hausse de 98,7 à 99,6, entretient l’espoir d’une stabilisation de la conjoncture en Allemagne.

En matière d’inflation, les premières estimations pour le mois de mars (1,4% annuel en général, 0,8% hors énergie et alimentation) justifient les mesures d’assouplissement récemment annoncées par une BCE qui se montre incapable de provoquer une accélération durable vers son objectif officiellement proche de 2%.

Tout reste possible

Au Royaume-Uni, le Parlement a exprimé pour la troisième fois son refus de l’accord négocié par Theresa May. Tout reste possible à dix jours de la nouvelle échéance fixée le 12 avril par l’Union européenne. La probabilité d’assister à une sortie sans accord est montée d’un cran, mais une approbation de dernière minute reste concevable si les tenants d’un «Brexit dur» se résignent à une position plus pragmatique afin d’éviter une extension qui pourrait finalement conduire au maintien du Royaume-Uni au sein de l’UE.

En contraste avec la méforme de l’Europe, la Chine rassure avec des PMIs en hausse (50,5 en mars après 49,2 du côté manufacturier; 54,8 après 50,8 du côté des services). Ces chiffres suggèrent que les mesures de relance commencent à porter leurs fruits et étayent fragilement le rebond spectaculaire des valeurs chinoises. Au-delà des frontières de la Chine, cette évolution devrait rassurer la Réserve fédérale dont le revirement était partiellement étayé par les développements globaux.

*Banque Profil de Gestion SA à Genève






 
 

AGEFI



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