Toujours plus haut, toujours plus insouciants

lundi, 20.01.2020

Obligataire. Cinq mois de gains sur les actifs risqués impliquent des risques croissants de désillusion.

François Christen*

Alors que les actifs risqués sont à la fête, les valeurs-refuge enregistrent des gains modestes: le record établi par l’indice S&P 500 n’a pas fait obstacle à une détente des rendements en dollars US. Pour de nombreux investisseurs, le chapitre iranien est d’ores et déjà clos après les représailles symboliques de l’Iran et il convient de focaliser son attention sur d’autres questions, notamment la nouvelle saison de publication des résultats lancée par les grandes banques et la ratification de la «phase une» de l’accord commercial entre les USA et la Chine.
L’accord signé mercredi à Washington ne résout pas le conflit, loin de là, mais implique une trêve qui pourrait se prolonger au moins jusqu’aux élections. Pour éviter de nouvelles taxes et bénéficier d’une baisse de 50% des taxes entrées en force en septembre, la Chine s’est engagée à accroître ses importations de biens et services produits aux USA de 200 milliards de dollars, un objectif ambitieux qui impliquera des pertes pour d’autres partenaires commerciaux, mais aussi des risques de déception qui pourraient déboucher sur un regain de tensions en 2021, après une éventuelle réélection de Donald Trump.
Bien que les USA ne considèrent plus que la Chine «manipule» sa monnaie, des divergences majeures subsistent en matière de «politique industrielle» (subsides, protection et transfert forcé de propriété intellectuelle). Critiques, les questions de sécurité nationale soulevées par la domination chinoise dans le domaine de la «5G» risquent aussi d’empoisonner les négociations à venir. En bref, l’incertitude commerciale a baissé d’un cran, mais l’antagonisme fondamental et idéologique entre les deux superpuissances est voué à s’amplifier avec la montée en puissance économique et technologique de la Chine.
La croissance chinoise au quatrième trimestre 2019 (1.5% par rapport au T3, 6,0% en glissement annuel) est loin d’être ­indigne même si certains commentateurs soulignent le ralentissement qui va pourtant de pair avec la mutation d’une économie émergente en économie avancée. L’accélération de la production industrielle et l’augmentation du surplus commercial en décembre mettent en lumière une économie chinoise assez bien portante au moment d’aborder 2020 dans un contexte commercial plus serein.
Aux USA, l’appétit pour les actifs risqués a été stimulé par les bons résultats trimestriels dévoilés par JP Morgan, Citigroup et Morgan Stanley. Wall Street a aussi célébré l’arrivée d’Alphabet (Google) parmi les entreprises valorisées à plus de 1000 milliards de dollars US, aux côtés de Microsoft, Apple et Amazon. Dans un contexte de plus en plus exubérant, la hausse alimente la hausse. Il faut toutefois reconnaître que l’actualité macroéconomique est plutôt souriante.
Les ventes au détail (0.3% mensuel, 5,8% en glissement annuel) continuent à refléter une consommation privée robuste. L’indice de confiance des consommateurs se maintient à un niveau élevé (99,1 en janvier selon l’enquête de l’Université de Michigan).
Un constat similaire s’applique à l’indice NAHB consacré au secteur immobilier (75 en janvier), tandis que l’indice régional de la Fed de Philadelphie traduit une amélioration de la marche des affaires en janvier (17 après 2,4). Une météo clémente en décembre a eu pour effet un bond des mises en chantier et un déclin de la consommation d’électricité qui s’est répercuté sur la production industrielle (-0.3% mensuel, -1% en glissement annuel). Le niveau des demandes d’indemnités de chômage, proche de 200.000, reflète un marché du travail bien portant. Quant à l’inflation, elle reste modérée (0.2% mensuel, 2,3% en glissement annuel), à un rythme compatible avec l’attentisme de la Fed.
Bien que le contexte soit plutôt favorable aux actifs risqués, les emprunts du Trésor US affichent des gains modestes au terme de la semaine écoulée. Le rendement du«T-Note» à dix ans a légèrement fléchi pour s’établir à 1,82%. Les primes de risque de crédit associées aux emprunts d’entreprises sont stables, à des niveaux assez faibles mais pas aberrants.
En Europe, l’actualité économique assez pauvre n’a pas provoqué de remous sur le marché des capitaux en euros. Le rendement du «Bund» à dix ans a toutefois légèrement baissé pour s’établir à -0,22%.
Les symptômes de reprise restent timides et l’inflation évolue toujours à un rythme sensiblement inférieur aux visées de la BCE (1.3% en glissement annuel en décembre).
Les taux d’intérêt en francs suisses affichent aussi un léger déclin alors que l’on vient de célébrer le cinquième anniversaire du régime de taux d’intérêt négatif amorcé avec l’abandon brutal du «cours plancher» de 1,20 franc pour 1 euro, en janvier 2015. Présentée comme transitoire, cette mesure pourrait perdurer aussi longtemps que la Banque centrale européenne maintiendra un cap stimulant visant à raviver l’inflation dans la zone euro.
Au Royaume-Uni, le reflux de l’inflation à 1.3% en glissement annuel et la faiblesse des ventes au détail (-0,6% mensuel, 0,9% en glissement) plaident pour une réduction du taux d’intérêt à l’occasion de la réunion du Comité de Politique Monétaire du 30 janvier, une perspective qui est désormais largement reflétée par le reflux du rendement des «Gilts».

* Banque Profil de Gestion à Genève






 
 

AGEFI




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