Une sérénité à toute épreuve!

lundi, 25.02.2019

Obligataire. Actifs risqués orientés à la hausse et rendements gouvernementaux ancrés à des niveaux peu attrayants.

David Duran*

A l’approche de la fin février, les indices boursiers s’acheminent vers un deuxième mois de gains et confirment le rallye initié en début d’année. Malgré cela, les rendements des obligations de première qualité ne bronchent pas. Le rendement du T-Note à 10 ans se maintient en dessous de 2,70% et celui du Bund allemand de même maturité oscille autour de la barre des 0,10%.

L’actualité économique demeure dominée par les négociations commerciales entre les Etats-Unis et la Chine. L’optimisme est de mise depuis que le Président Donald Trump a déclaré qu’il reporterait la hausse des droits de douane de 10% à 25% sur 200 milliards de dollars d’importations chinoises qui devait s’appliquer dès le 1er mars. Des «progrès substantiels» dans les pourparlers laissent augurer désormais d’une sortie de crise entre les deux puissances. 

Donald Trump a même annoncé qu’il pourrait recevoir le Président Xi Jinping dans sa résidence privée de Mar-a-Lago en Floride en vue d’y sceller un accord entre les deux puissances. L’enthousiasme des tweets de Monsieur Trump n’est toutefois pas un gage de réussite; pour l’heure rien n’est signé et dans un dossier d’une telle complexité de nombreuses difficultés peuvent émerger et doucher les espoirs en un tour de main.

La fed sous les projecteurs

Aux Etats-Unis, la Réserve Fédérale occupe également la scène médiatique. Mercredi dernier, la publication du compte rendu de la réunion du FOMC des 29 et 30 janvier révèle que les banquiers centraux cesseront bientôt de réduire le bilan de la Fed, essentiellement composé de 3800 milliards de dollars d’actifs dont près de 2200 milliards de titres du Trésor. Les modalités de cette fin de la normalisation pourraient être annoncées ce printemps. En ce qui concerne le niveau du taux directeur, quelques participants à la réunion estiment qu’un relèvement de taux devrait toujours être approprié plus tard dans l’année. Pour l’heure, ces faucons sont ignorés par les marchés financiers qui tablent toujours, d’après les anticipations des contrats futures sur le taux des fed funds, sur un statu quo de longue durée.

Les derniers indicateurs justifient la patience des banquiers centraux. Après le reflux de l’inflation et le recul des ventes au détail constaté précédemment, la semaine dernière on prenait connaissance d’une tendance stagnante des commandes de biens durables (-0,7% mensuel en décembre pour les biens d’équipements contre -1% en novembre) et d’une baisse abrupte de l’indice «Philly Fed» (-4,1 en février contre +17 en janvier) reflétant une détérioration des conditions dans les industries du nord-est des Etats-Unis. Une enquête préliminaire de Markit signale par ailleurs un ralentissement de la croissance de l’activité manufacturière nationale (PMI en baisse de 54,9 en janvier à 53,7 en février). Cependant, elle indique une reprise dans le secteur des services (56,2 en février après 54,2 en janvier), dessinant ainsi un tableau conjoncturel plus nuancé. 

Indicateurs déprimés

Jeudi prochain, la publication du PIB pour le quatrième trimestre mesurera l’ampleur du ralentissement subi en fin d’année dernière. Le consensus des prévisions collectées par Bloomberg table sur un chiffre un peu supérieur à 2%. Quoiqu’il en soit, les investisseurs se projetteront rapidement sur le trimestre actuel et le potentiel de reprise de l’économie de l’Oncle Sam.

En Europe, les indicateurs conjoncturels sont un peu plus déprimés qu’Outre-Atlantique. En Allemagne, l’économie ne croît plus depuis le deuxième trimestre 2018. Les trois derniers mois de l’année écoulée ont certes enregistré un timide rebond de la consommation privée, une hausse de l’investissement et un redressement des exportations, mais la constitution d’inventaires s’est avérée exceptionnellement élevée de sorte que la croissance a stagné. Et le premier trimestre s’annonce encore maussade pour la principale économie européenne: l’indice IFO du climat des affaires a fléchi en février (98,5 après 99,3 en janvier) pour le sixième mois d’affilée et le PMI manufacturier a baissé à 47,6, son plus faible niveau depuis fin 2012. Cependant, l’activité des services parait se redresser (PMI à 55,1 en février contre 53 en janvier). Ce constat est similaire pour l’ensemble de la zone euro, dont le PMI des services s’élève à 52,3 tandis que celui du secteur manufacturier (49,2 en février) signale une contraction.

Nouvelles concessions

L’incertitude qui entoure le Brexit est de nature à maintenir l’activité économique du Vieux-Continent sous pression. La date butoir du 29 mars approche et aucune solution ne semble se profiler. Les dirigeants européens incitent Theresa May à différer la date de sortie de l’Union mais pour l’heure, la première ministre britannique refuse d’entrer en matière. En jouant la montre et laissant planer la menace d’un Brexit sans accord, elle cherche probablement à arracher des nouvelles concessions de la part de l’Union Européenne et obtenir une majorité parlementaire britannique pour valider le 12 mars prochain le texte existant plutôt que de risquer une sortie chaotique.

*Banque Profil de Gestion SA à Genève






 
 

AGEFI



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