La Bourse de Wall Street est sous dopamine monétaire

lundi, 29.04.2019

Obligataire. A l’image des actions, les obligations bénéficient de la clémence des banques centrales.

François Christen*

«Boucle d’Or», qui préfère son économie ni trop froide ni trop chaude, exerce toujours ses effets euphorisants sur les marchés financiers où les actifs risqués sont plébiscités. L’indice S&P 500 et le Nasdaq viennent ainsi d’établir de nouveaux records historiques qui prolongent le long marché haussier amorcé en 2009. Rétrospectivement, l’indigeste quatrième trimestre 2018 apparaît comme un incident de parcours, voire une aberration.

Outre les effets miraculeux du revirement de la Réserve fédérale, les investisseurs saluent des résultats financiers au premier trimestre généralement assez réjouissants. Les attentes du «consensus» sont souvent dépassées et une majorité d’entreprises estiment que les profits continueront à évoluer favorablement au cours des prochains mois. 

Expansion américaine

L’actualité macroéconomique est assez souriante, notamment aux Etats-Unis où la croissance du PIB s’est établie à 3,2% en rythme annualisé au premier trimestre. L’expansion américaine, qui excède 3% en glissement annuel, a bénéficié d’une impulsion des exportations nettes qui pourrait se révéler temporaire. Les variations d’inventaires ont aussi eu un impact positif qui pourrait se renverser prochainement. Le ralentissement de la consommation des ménages et des investissements en biens d’équipements invite toutefois à relativiser la performance de l’économie américaine qui devrait se révéler moins dynamique au deuxième trimestre.

La progression modérée des commandes de biens durables (1,3% mensuel, 2,7% annuel pour l’équipement hors défense et aéronautique), l’érosion de la confiance des consommateurs (97,2 en avril après 98,4 en mars selon l’Université de Michigan) et le recul de l’indicateur composite avancé du Conference Board ne traduisent pas un environnement de surchauffe, mais une croissance modérée, à priori non inflationniste. A cet égard, tant le déflateur du PIB que l’indice de prix des dépenses de consommation (0% mensuel, 1,5% annuel hors énergie et alimentation en avril) sont inférieurs à l’objectif symétrique de la Fed, centré sur 2%.

Le comportement de l’inflation et les ambitions «symétriques» de la Fed alimentent des anticipations de réduction de taux d’intérêt de plus en plus criantes, mais inédites dans un contexte de plein emploi. Les contrats «futures» sur le taux des «Fed funds» préfigurent une réduction d’un quart de pourcent avant la fin de l’année avec une probabilité proche de 80%. Ce scénario constituerait une pirouette au regard des relèvements de taux d’intérêt qui étaient encore escomptés par le FOMC en décembre. Il sera donc intéressant de prendre connaissance des vues de Jerome Powell à l’occasion de la conférence de presse prévue mercredi, à l’issue d’une réunion du FOMC qui se soldera certainement par un statu quo.

La zone euro stagne

Les anticipations d’assouplissement monétaire et la faiblesse de l’inflation ont conduit le rendement du «T-Note» à deux ans en dessous à 2,3%, tandis que le rendement du «T Note» à dix ans a reflué à 2,5%. Les chances de revoir des niveaux supérieurs à 3% avant la fin de l’année paraissent désormais minimes, à moins d’assister à un dérapage significatif de l’inflation des prix à la consommation et des salaires contraignant la Réserve fédérale à opérer une nouvelle volte-face.

En Europe, le tableau conjoncturel est moins réjouissant, comme en témoigne l’érosion de l’indice IFO du climat des affaires en Allemagne (99,2 en avril après 99,7 en mars; 103,3 après 103,9 pour les conditions courantes). A l’échelle de la zone euro, le timide rebond du PMI manufacturier (47,8 après 47,5) est compensé par un déclin du PMI consacré aux services (52,5 après 53,3) L’indice de confiance économique de la Commission a fléchi de 105,6 en mars à 104 en avril. Stagnante, la zone euro n’affiche toujours pas de symptômes de reprise probants. Il n’est donc guère étonnant d’observer le rendement du Bund à dix ans d’échéance plombé aux environs de 0%.

L’examen des effets secondaires néfastes des taux d’intérêt négatifs et une possible exemption au bénéfice des banques commerciales alimente l’espoir d’un maintien durable du taux de dépôt à -0,4%, voire d’une baisse accrue. Il paraît donc illusoire d’espérer un redressement tangible des rendements avant 2020, au plus tôt.

Les marchés britannique et helvétique se sont conformés à la tendance générale. On y observe une légère détente des rendements à long terme, en lien avec un environnement conjoncturel tiède et la volonté évidente des banques centrales de maintenir un cap stimulant. En matière de risque de crédit, on constate une stabilisation des primes à des niveaux assez peu attrayants qui limitent désormais le potentiel d’appréciation des obligations d’entreprises même si le climat boursier demeure radieux.

*Banque Profil de Gestion SA à Genève






 
 

AGEFI



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