L’attrait des rendements longs US

mardi, 15.09.2020

Obligataire. A 290 milliards de dollars, le montant des émissions d’obligations à 30 ans et plus à plus que doublé sur un an.

Gianni Pugliese*

Gianni Pugliese

Que les conditions actuelles d’emprunts favorisent les émetteurs plutôt que les investisseurs relève de l’évidence. La baisse des rendements longs américains offre des opportunités trop attrayantes pour ne pas les saisir.

Ainsi, de la multinationale agroalimentaire Mondelez au constructeur aérospatial Boeing, en passant par le géant des communications AT&T, plus de 290 milliards de dollars d’obligations de maturités de 30 ans et plus ont été émises cette année. Selon Bloomberg, le montant a plus que doublé comparé à l’année dernière sur la même période. Des spécialistes estiment que l’échéance moyenne des nouvelles émissions se situe désormais à 12,9 ans, soit une augmentation de plus d’un an par rapport à 2019. Cette tendance est largement alimentée par la quête de rendement. 

Plus de rendement grâce aux maturités longues

En effet, dans un contexte de taux d’intérêts quasiment nuls, les investisseurs s’aventurent plus loin sur la courbe afin d’obtenir des rémunérations plus élevées. Mais ce faisant, ils augmentent également leur exposition au risque de variation des rendements. Ce risque est d’autant plus important que la duration d’un placement obligataire est longue. A titre d’exemple, l’indice américain d’entreprises de bonne qualité a affiché une performance de -1,40% en août.

La perte est principalement due à l’effet de la hausse des rendements souverains qui a frappé les maturités longues. Cet effet est visible sur l’indice avec une performance de +0.24% sur le segment 1 à 5 ans, contre -4.60% sur la partie 25 ans et plus. Pourtant, cela ne semble pas décourager les investisseurs. Une aubaine pour les émetteurs qui saisissent la balle au bond. Parmi eux, Mondelez qui a levé 1 milliard de dollars début septembre, la moitié arrivant à maturité en 2050 et l’autre en 2031. AT&T, un des plus grands émetteurs de dette d’entreprises, a échangé avec succès 15 milliards d’obligations remboursables entre 2031 et 2058 pour de nouveaux titres à échéances 2053 et 2059. Avant cela, le groupe avait émis 11 milliards en juillet, dont 2,25 milliards à 31,5 ans. 

En avril, sur 25 milliards empruntés par Boeing, près de la moitié avaient une durée de 20 ans ou plus. Le volume de ces émissions à long terme s’est d’ailleurs répercuté sur l’indice d’entreprises dont la duration a augmenté à 8,7 ans, contre 7,8 ans en fin d’année dernière. Que pouvons-nous conclure? Bien que plus élevés, les rendements longs demeurent faibles en absolu. Les nouvelles obligations Mondelez payent des coupons de 2,625% et 1.5% pour les échéances 2050 et 2031. Cette combinaison «petits coupons / maturités longues» accroit la volatilité des prix. La pentification de la courbe, par les taux longs, suite à l’annonce par la Fed d’une plus grande tolérance vis-à-vis de l’inflation a donné un aperçu de cette volatilité. 

Cela inspire un retour à la prudence. Certains pourraient décider de raccourcir leurs positions et cristalliser leurs performances jusqu’en fin d’année, plutôt que d’en céder.

Outre le risque de crédit, le marché va peut-être devoir accorder plus d’attention à celui de la duration. 

*Analyste obligations, Mirabaud & Cie






 
 

AGEFI



...