Space4Impact ramène les technologies spatiales sur Terre

dimanche, 24.05.2020

Nouvelle initiative dans le paysage spatial suisse, Space4Impact veut susciter des retombées économiques terrestres pour les jeunes entreprises du New Space.

Sophie Marenne

En Australie, les images satellitaires des incendies ont permis, entre autres, d’évaluer la qualité de l’air. Les informations obtenues par ce type d’observation de la Terre sont exploitables en développement urbain, surveillance du climat ou prévention de catastrophes naturelles. (ESA/Copernicus Sentinel-2 satellite - CC BY-SA IGO 3.0)

«Sans la crise du coronavirus, vous auriez sûrement entendu parler de nous plus tôt», avance Grégoire Bourban, directeur adjoint du Swiss Space Center (SSC) et cofondateur de Space4Impact. Lancée en janvier, l’initiative vise à promouvoir des innovations conçues pour le milieu spatial mais qui répondent à des défis sociaux et environnementaux ici-bas, sur Terre. Son événement de lancement aurait dû se dérouler cette semaine, en partenariat avec le Département fédéral des affaires étrangères (FDFA). Vu la situation sanitaire, il a été reporté aux 25 et 26 novembre. 

Au sein du Swiss Tech Convention Center, ce rassemblement aidera de jeunes entreprises de la conquête spatiale commerciale – ou New Space – à grandir en promouvant leurs technologies auprès d’acteurs d’autres domaines. 

Vitrine d’innovations

Dans le public: des investisseurs européens et américains ainsi que des industriels ouverts aux transferts de technologies spatiales vers leurs activités. Sur la scène, dix jeunes sociétés du secteur se succéderont pour se présenter. «Ce seront les meilleures firmes spatiales récentes de Suisse mais pas uniquement. Nous ciblons plus largement des projets d’Europe et du monde entier. D’ailleurs, une bourse couvrant les frais de voyage sera décernée à trois sociétés originaires de pays en développement», précise Gaëtan Petit, conseiller scientifique au sein du SSC et project manager de Space4Impact. 

Pour ces «new spaces companies», les inscriptions sont ouvertes jusqu’au 20 septembre. Une vingtaine d’entre elles ont déjà posé leur candidature à l’image des start-up vaudoises Picterra et Astrocast. La première développe des algorithmes de traitement automatique d’images satellitaires d’observation de la Terre servant, par exemple, à amoindrir l’impact de catastrophes naturelles en temps réel. La deuxième pilote une constellation satellitaire bon marché qui doit connecter les zones oubliées par les réseaux cellulaires actuels, dans les pays en voie de développement notamment.

Pédagogie et rentabilité

Depuis 2012, le SSC a surtout aidé à la conception même des technologies. «Nous assistons les firmes du pays dans le développement de nouvelles technologies», raconte le directeur adjoint.

Néanmoins, le mandat attribué par la Confédération implique aussi la sensibilisation du public. «La population a besoin de comprendre les enjeux du secteur, comme la raison pour laquelle l’Etat investit 174 millions de francs par an dans le programme de l’Agence spatiale européenne (ESA)», dit Grégoire Bourban. Son collègue complète: «Le biotope des start-up spatiales suisses se densifie, grâce aux spin-off des écoles polytechniques fédérales lausannoise et zurichoise (EPFL & EPFZ). Mais il reste opaque et nécessite un bel effort de promotion.» 

Space4Impact est né de cette volonté d’exposer au grand jour les effets d’innovations spatiales sur le quotidien terrestre. «Prenez le projet GrowbotHub de l’EPFL qui essaie d’automatiser la culture des fruits et légumes sur la lune. Bien entendu, ces recherches visent un milieu extrême, mais elles auront aussi des retombées intéressantes sur Terre, dans des zones arides par exemple», poursuit Grégoire Bourban.

Se pencher sur la facette terrestre d’une application destinée au cosmos a un autre atout: la rentabilité. «Une start-up dont les activités se déploient purement dans l’espace est peu – voire pas du tout – viable», souligne le directeur adjoint. «Travailler pour de grandes agences comme l’ESA ou la NASA mène à l’excellence technologique. Cependant, ce marché reste malheureusement trop réduit», ajoute Gaëtan Petit.

Impact terrestre durable

Space4Impact repose sur le SSC ainsi que sur le l’ESA Business Incubation Centre, l’incubateur de start-up basé à Zurich. Son directeur adjoint Cyril Kubr, est le troisième fondateur de l’initiative aux côtés de Grégoire Bourban et Gaëtan Petit. Le projet est aussi soutenu par le programme AP-Swiss de l’ESA et par le canton de Vaud. Il s’inscrit également dans la stratégie Tech4Impact de l’EPFL qui dope les solutions issues de ses laboratoires dont l’impact sur la société et l’environnement est positif.

Les initiateurs de Space4Impact ont choisi les 17 objectifs de développement durable (ODD) de l’Organisation des Nations Unies (ONU) comme lignes directrices. Les start-up qui prendront part au mouvement devront déployer des activités qui participent à la réalisation des ODD sur Terre. 

Pour autant, y avait-il besoin d’une initiative dédiée à ce sujet? «Il est vrai que le SSC promeut déjà les firmes du New Space», répond le conseiller scientifique. «Mais le but avec Space4Impact est de leur donner une impulsion inédite vers d’autres secteurs. C’est cette volonté novatrice de bâtir des ponts entre les industries qui méritait sa propre structure.»






 
 

AGEFI



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