Nous ne sommes absolument pas coupables de la pandémie

mardi, 07.07.2020

Jacques Neirynck*

Jacques Neirynck

En dehors des crises sanitaires et économiques, ce début d’année semble faire la preuve que l’hom­me occidental aurait changé radicalement dans sa conscience habituelle: personne n’a osé défendre la thèse selon laquelle la pandémie constituerait la punition collective de nos péchés. Jadis beaucoup de sectes ont proliféré sur cet appât traditionnel: chaque individu est enclin à croire que des esprits lui envoient une épreuve à la fois pour le punir et lui faire faire pénitence.

On en trouve la première trace écrite dès le chapitre 3 de la Genèse: Adam, incité naturellement par Eve, commet un péché originel. Il est exclu du Paradis terrestre, condamné à travailler tandis que Eve accouchera dans la douleur. Ils lègueront leur tare à toute leur descendance. Cette fable moyen-orientale a créé puis maintenu un biais psychologique chez l’homme occidental: il est un raté de l’évolution par sa propre faute.

Il y eut ensuite la théorie de la prédestination. Le salut éternel d’un individu ne dépendrait pas de ses œuvres mais d’une décision arrêtée avant même la naissance de l’homme. Quel que soit son comportement, il est donc sauvé ou damné de toute éternité. Cette thèse provient d’un trait fondamental du christianisme: Dieu sauve même le pêcheur. De là à en déduire qu’il damne le juste parce que tel est son bon plaisir, il y avait une marge.

Dès lors, chaque fidèle ne put manquer de s’interroger dès cette vie sur son sort dans la suivante. Le conseil fut de travailler sans relâche dans un métier afin d’apaiser l’angoisse. Dès lors, on en vint à considérer la réussite matérielle comme un signe de la décision divine et la fortune terrestre d’un fidèle devint une mesure tangible de son élévation spirituelle.

En résumé, le salut éternel d’un dévot finit par dépendre de son acharnement au travail et de l’ampleur de son épargne. Ce contresens fonde la société contemporaine. 

Dans l’idéologie productiviste, l’homme ne peut se réaliser que par le travail; son existence perd son sens lorsqu’il cesse de travailler par le chômage ou la retraite; le travail n’est significatif que s’il est rémunéré; la part du revenu qui n’est pas indispensable pour les besoins immédiats doit être épargnée et investie de façon à augmenter la productivité du travail et la reproduction du capital.

Pour revenir à la pandémie, il y a eu naturellement des tentatives d’y trouver un coupable non plus spirituel mais matériel. Pour Trump, elle est chinoise. Certains ont prétendu que le virus avait été fabriqué de main d’homme dans un laboratoire de Wuhan. Des écologistes ont expliqué que le transfert de virus à l’homme était un résultat de la déforestation. 

Enfin d’aucuns ont lié la pandémie à la transition climatique. Ce serait toute l’humanité gaspilleuse et polluante qui serait coupable. L’humanité a affronté des fléaux et elle en affrontera encore. Pour lutter contre un tsunami, il faut construire des digues. Pour maîtriser une pandémie, il faut des masques, des désinfectants, des surblouses, des services d’urgence, assez de médecins et d’infirmières, un système d’alerte précoce, une recherche fondamentale sur les virus et les vaccins. En un mot, il faut cesser de nous sentir coupables pour devenir vraiment responsables.

*Ancien conseiller national PDC






 
 

AGEFI



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