Nous allons donc voter!

mardi, 22.09.2020

Jacques Neirynck *

Jacques Neirynck

Le 27 septembre le peuple souverain se prononcera sur cinq sujets qui supposent une connaissance au moins sommaire du droit international, de l’aviation militaire, de la politique familiale, de la chasse et du fisc.

Environ une moitié des citoyens estimeront que cela vaut la peine de prendre position. L’autre moitié ou bien pense que la politique n’est pas son affaire, ou bien que les autres voteront bien à sa place.

Au parlement, il arrive que, dans le courant d’une semaine, il faille se prononcer sur un éventail de mesures aussi disparates. On a tout le temps de s’informer, parfois de vive voix en commission avec les représentants de l’opinion publique. Même alors on sort souvent de séance la tête bourdonnante d’opinions contradictoires qui toutes recèlent une part de vérité diluée dans beaucoup de mauvaise foi partisane.

L’objet le plus indécis est le budget de six milliards affectés à l’achat d’avions militaires où les oui et les non s’équilibrent presque, reflétant la perplexité d’une opinion publique déboussolée. 

Que nous réserve l’avenir? Nous vivons dans un monde de plus en plus dangereux gouverné par des personnages aussi imprévisibles que Trump, Poutine et Erdogan. Par surenchère de leurs égos, le pire peut arriver, une guerre déclarée plutôt que feutrée. La Suisse y serait-elle impliquée? Impossible d’imaginer un tel scénario qu’il est pourtant aventureux d’éliminer complètement. La perplexité est autorisée, la certitude est excessive d’un côté comme de l’autre.

Que dire de la loi sur la chasse pour un citoyen appartenant à la majorité silencieuse des non-chasseurs? Nous ne sommes plus à l’époque du Paléolithique où la chasse conditionnait la survie de la tribu. Nous dévorons la viande d’un bétail qui n’a jamais connu la liberté et qui subit une mort dissimulée dans les abattoirs. Nous entretenons de vagues remords sur la mort du loup, qui serait un animal sympathique et pas dangereux.

Le congé de paternité et la déduction fiscale pour les enfants suscitent moins de réticences. La seule réserve massive est celle de la gauche au sujet des déductions fiscales car celle-ci représente cette part de l’électorat qui ne paie pas de contributions.

Le citoyen moyen, qui paie des impôts et ne touche pas d’aides, sait vaguement qu’au rythme naturel la Suisse se dépeuplerait à la cadence d’un tiers à chaque génération puisque cette proportion mesure le déficit de la fécondité. Ce déficit est compensé par l’immigration d’au moins 40.000 jeunes travailleurs par an.

Cette dernière considération semble peser sur le sort de l’initiative UDC qui voudrait supprimer la libre circulation des personnes entre l’UE et la Suisse. L’immigration dans sa configuration actuelle présente plus d’avantages que d’inconvénients. D’ailleurs la liberté d’accès au vaste marché du travail de l’UE intéresse aussi les jeunes Suisses qui redoutent d’être cantonnés à une sorte de réserve d’Indiens au centre du continent.

Quand on fait le bilan de ces cinq objets de controverse, on ne peut que s’émerveiller de l’universalité des compétences civiques des Suisses, capables de trancher avec un certain bon sens de tout ce que l’on peut décider sans en rien savoir de précis. C’est vrai qu’il a fallu sept siècles pour l’acquérir.

* Professeur honoraire EPFL






 
 

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