Nos régies fédérales se doivent d’agir de manière cohérente

jeudi, 28.03.2019

Alain Nicod*

J’adore pousser à bout les raisonnements stupides. Un voici un bon exemple cet après-midi en provenance d’une régie fédérale qui nous est chère. Si cette dernière était privatisée, ou prenait des décisions cohérentes avec les objectifs de son actionnaire unique, agirait-elle de manière différente?

Voici 12 ans que je voyage chaque semaine en train et que je combine les trajets longue distance avec mon petit vélo pliable.

Quoi de mieux pour diminuer l’empreinte CO2, se faire du bien et arriver à l’heure aux rendez-vous?

Mon vélo pèse 10kg et fait la taille d’une valise «carry on» que de multiples personnes prennent pour leurs voyages en avion. La seule différence avec une valise est que l’on voit ses roues, son guidon, sa chaîne plutôt qu’une coque de valise en plastique ou en carbone pour les modèles plus évolués. Je note par ailleurs que les valises ont également des roues!
Théoriquement (selon le règlement des CFF), il faut l’emballer pour ne pas payer de billet vélo dans le train. La personne qui a écrit ce règlement n’a probablement pas souvent voyagé en vélo. Pas vraiment pratique d’avoir une housse sur soi en tout temps pour obéir à des sombres lois rédigées par nos édiles.

Pratiquement j’ai dû prendre le train environ 1000x au cours des années avec ce vélo et voici pour la deuxième fois un contrôleur zélé qui applique le règlement concocté par des génies à Berne. Résultat de l’opération: 9 francs à payer pour le vélo en plus du billet dont je m’étais évidemment acquitté pour moi.

Je lui ai demandé de m’expliquer les motivations derrière cette règle. Il fut incapable de me dire autre chose que «c’est le règlement». Je lui ai demandé si c’était à cause de la saleté d’un vélo. Il m’a dit que non. Je pensais qu’en payant 9 francs, j’aurais le droit de salir les sièges ou le compartiment à bagage. Ce n’est pas non plus une question d’encombrement car mon voisin a deux valises, chacune plus grande que le vélo et il n’a rien à payer.

Je lui ai demandé si sa démarche était une bonne manière d’encourager la mobilité verte. Il m’a simplement répondu qu’il pouvait me faire une facture de 60 francs – si je ne payais pas tout de suite les 9 francs. Un merveilleux dialogue de sourds digne de Reymond Devos, en version Suisse allemande!

Cette petite anecdote amusante illustre la nécessité d’agir de manière cohérente. Les priorités de l’actionnaire (dans ce cas la confédération), devraient être alignés avec la conception et la tarification des services. On ne peut pas prôner une réduction des émissions de CO2, avec de la mobilité douce, et en même temps émettre des règlements et des tarifs incohérents avec cette idée.

Je crois beaucoup à la cohérence des actions et à l’alignement des intérêts de tous toutes les parties. La nécessité d’ouvrir ou pas le porte-monnaie est souvent déterminant dans le comportement des clients. C’est le rôle de la confédération de s’assurer que les entreprises et Régies sous sa responsabilité agissent de manière cohérente, quelle que soit l’importance des enjeux.

Si nous voulons développer une économie verte, ce à quoi je souscrits sans réserve, alors tous les «incentives» doivent pointer dans cette direction. Je n’ai pas fait le travail de fourmi d’examiner toutes les tarifications de sources d’énergie, les déductions fiscales pour des travaux visant une réduction des émissions, les conditions de détention de véhicules électriques ou peu polluants, etc. et ne peux pas, de ce fait, me prononcer de manière globale sur leur bienfondé. La seule chose que je puisse demander à nos édiles est de s’assurer de la cohérence de toutes leurs décisions par rapport aux objectifs long terme sur lesquels nous sommes d’accord.

*Managing Partner VI Partners






 
 

AGEFI



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