Les institutions rompent avec le vice

dimanche, 28.06.2020

NN Global Sustainable Equity et le fonds non-ESG Vitium Global Fund, lancés à la même période, enregistrent des évolutions opposées en termes d’actifs gérés et de performances.

Levi-Sergio Mutemba

La recherche et la pratique des plaisirs et de la violence définit une bonne part de ce qu’est l’être humain. Toutefois, du point de l’investissement financier, la luxure est loin d’être aussi rentable qu’il y a encore cinq ou dix ans. Le principal responsable en est l’adoption croissante et rapide des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) dans les décisions de placement des investisseurs institutionnels. Un des produits reflétant la sortie continue des capitaux hors des secteurs et entreprises non-ESG est le fonds activement géré américain Vitium Global Fund ou VICEX (ex-USA Mutuals Vice Fund), communément appelé «fonds du vice».

Tabac, paris, armement et alcool au menu

Ce fonds crée en 2002 se spécialise dans les titres de quatre secteurs clés, vis-à-vis desquels tout est fait pour en briser la demande. Secteurs que les investisseurs institutionnels cherchant une exposition aux facteurs ESG sont structurellement amenés à sous-évaluer et/ou sous-pondérer. À savoir le tabac, les boissons alcoolisées, les jeux et les paris, ainsi que l’industrie de l’armement. Secteurs globaux par nature, ils expliquent également que 40% des actifs de ce fonds se situent en-dehors des États-Unis.

Leurs gérants, Charles Norton et Jeffrey Helfrich, en poste depuis septembre 2019, recherchent des entreprises de qualité au sein de ces quatre secteurs, affichant une profitabilité durable, un retour sur capital élevé et dont la demande continue d’exhiber une forte résilience en dépit des tendances structurelles vers un monde plus vert et plus social. Lockheed Martin (aérospatial et armement), Las Vegas Sands (casinos), Raytheon (armement), Diageo (boissons alcoolisées) et Galaxy Entertainment (casinos), par exemple, figurent parmi les dix premières positions du fonds.

Mais les investisseurs sont sceptiques. Il y a cinq ans pratiquement jour pour jour, les actifs totaux gérés (AuM) par VICEX s’élevaient à près de 240 millions de dollars. Ce chiffre est passé à moins de 102 millions à fin mars 2020. Durant cette période, VICEX enregistre une perte de plus de 10% contre un gain de près de 45% pour le S&P 500. Et ce pour une volatilité annualisée similaire, soit entre 15 et 17%.

Quel contraste par rapport à la stratégie opposée consistant à sélectionner les entreprises dont les opérations reposent sur des modèles durables. Et qui, grâce à leur avantage compétitif, ont les plus grandes chances d’émerger comme les gagnants industriels de l’avenir. Ce que recherche le fonds NN Global Sustainable Equity (ticker INGLSGC). Le fonds fête vingt ans d’existence cette année et enregistre une performance de plus de 43% sur cinq ans (au vendredi 26 juin). Et un rendement annualisé (hors frais de gestion) de 4,27% depuis son lancement contre 3,33% pour son benchmark, l’indice MSCI World (Net).

Même approche, processus différents

Cogéré par Hendrik-Jan Boer, il a été lancé à la même période que le fonds VICEX. Aujourd’hui, les AuM du fonds dépassent 6,3 milliards d’euros, alors qu’ils s’élevaient à moins de deux milliards en 2015. Depuis le début de l’année, alors que le S&P 500 et le VICEX demeurent en perte de près de 7% et 15%, respectivement, suite à la crise du covid, le fonds NN Global Sustainable Equity est déjà revenu en territoire positif, en hausse de plus de 5% sur cette période.

«La crise du covid a accentué les mauvaises performances des titres non-ESG qui avait débuté depuis déjà quelques temps», observe Emmanuel Delley, directeur pour la Suisse du gérant de fonds hollandais NN Investment Partners. Qui précise que l’approche d’investissement du fonds, qui attribue la même importance aux facteurs de gouvernance qu’aux facteurs environnementaux et sociaux, n’a pas changé.

Mais les processus ont évolué, notamment suite au renforcement des capacités analytiques des équipes de gestion. «Le nombre de données externes a considérablement augmenté et nous avons élargi nos partenariats au niveau de la recherche avec des parties tierces telles que Sustainalytics, le Centre Européen pour l’Engagement des Entreprises (ECCE) et Yale», poursuit Emmanuel Delley, contacté par L’AGEFI. 






 
 

AGEFI



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