Ne mettons pas Schengen et nos entreprises en péril

lundi, 06.05.2019

Philippe Cordonier*

Philippe Cordonier

Vous rappelez-vous de quelle manière nous nous rendions dans l’UE avant l’instauration des accords de Schengen? Les temps d’attente aux frontières étaient longs et imprévisibles. Des souvenirs de vols ratés à cause des contrôles aux aéroports ou de retards accumulés en voiture qui, heureusement, font maintenant partie du passé.

Or, l’accord de Schengen sera remis en jeu lors du prochain vote sur la révision de la législation en matière d’armement. En accord avec les Etats européens participant aux accords Schengen/Dublin, la Suisse a décidé de réviser la législation sur les armes. Cela implique que la Suisse doive également adapter sa propre législation. Le Parlement suisse a procédé à une révision très pragmatique, en accordant une attention particulière à la tradition de la chasse et du tir en Suisse. L’affirmation selon laquelle il s’agit d’un «diktat de l’UE» est donc erronée.

La Suisse a pris l’habitude de bénéficier des avantages de l’espace Schengen, le referendum sur les accords de Schengen/Dublin étant entré en vigueur il y a 14 ans. Toute une génération a donc grandi avec les avantages d’une libre-circulation en Europe. La coopération avec d’autres États en matière de criminalité et de terrorisme a également un impact positif sur la sécurité de la Suisse. Schengen joue aussi une place importante en matière d’exportations, en facilitant le transport de marchandises aux frontières. 

En cas de non au vote le 19 mai sur la révision de la législation en matière d’armement, les accords de Schengen/Dublin seraient automatiquement considérés comme résiliés. Si la Suisse ne trouve pas de solution avec les Etats membres de Schengen dans les 90 jours, la frontière suisse deviendra la frontière extérieure de l’espace Schengen. Dans le pire des scénarios, des contrôles systématiques aux frontières pourraient être réintroduits cette année déjà. Etant donné que les capacités de dédouanement ne sont actuellement pas adaptées à un tel changement, le trafic routier et les embouteillages seraient inévitables. Cela aurait un impact négatif important pour l’industrie suisse, qui exporte plus de la moitié de ses produits vers les Etats membres de l’UE. Les coûts liés à la congestion du trafic routier sont estimés à plusieurs milliards de francs par an et les exportations pourraient s’effondrer de plus de 5%. A cela s’ajouteraient les retards inévitables de livraison et le risque de perdre des commandes ou des clients. 

Enfin, bon nombre d’entreprises suisses sont maintenant actives à l’échelle internationale. Grâce à Schengen, les touristes et les hommes d’affaires de marchés comme la Chine, la Russie ou l’Inde n’ont pas besoin de visa spécial pour se déplacer dans l’UE et en Suisse. Ils peuvent ainsi se rendre dans notre pays sans obstacles administratifs majeurs. Le tourisme et l’industrie d’exportation en profitent également. Mettre un terme à Schengen ferait également courir un grand risque à ces industries exportatrices prospères. Ainsi, il est évident que les citoyens en faveur de la sécurité en Suisse voteront en faveur de la révision de la législation sur les armes. Tous ceux qui se soucient de l’économie, en particulier du tourisme et des exportations, voteront également oui à la révision de la loi sur les armes.

* Responsable Suisse romande, Swissmem






 
 

AGEFI



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