Faireswiss: le premier lait équitable du pays désormais sur les étals

lundi, 23.09.2019

Né de la volonté de quatorze paysans, Faireswiss rémunère les producteurs à un prix juste. Cremo se chargera de la transformation et Manor de la distribution.

Sophie Marenne

Les producteurs se sont engagés dans la coopérative au moyen de parts sociales calculées en fonction de leur litrage. (Aline Deschenaux)

Quatorze paysans ont officiellement lancé leur gamme de lait à un prix équitable Faireswiss, ce lundi 23 septembre. Cette brique d’un litre sera vendue dans les supermarchés à un coût qui couvre les frais de production, à savoir qu'un franc par litre reviendra directement au producteur. Pour le portefeuille du consommateur, la différence équivaut à 30% de plus que la somme déboursée actuellement.

«Cette année, nous sommes passés sous la barre des 20.000 exploitations laitières en Suisse, alors qu’elles étaient plus de 44.000 en 1996. Nous pourrions vous parler du découragement de cette profession, cependant ne voulons pas nous plaindre mais relayer un message d’espoir: les producteurs ont décidé de prendre leur destin en main», affirme Anne Chenevard, agricultrice de Corcelles-le-Jorat et présidente de la coopérative Lait Equitable. «Cela fait dix ans que nous parlons du lait à un franc et nous y sommes enfin», annonce avec soulagement Patrick Demont, fermier à Cugy et vice-président de la coopérative.

Le temps de l’apaisement face à Cremo

Le lancement officiel de la marque Faireswiss se déroulait sur le site de production du Mont-sur-Lausanne du colosse de la transformation du lait Cremo, partenaire du projet.

Que de chemin parcouru depuis 2009, année où 142 tracteurs ont bloqué le siège du groupe laitier à Villars-sur-Glâne! Aujourd’hui, la firme fribourgeoise accompagne les coopérateurs dans leur démarche de mise sur le marché de ce premier lait, à l’échelle nationale, qui leur assurera un revenu décent. «Du côté des paysans, il n’y a pas de rancœur. Nous sommes là pour construire un projet ensemble», souligne Patrick Demont qui faisait à l’époque partie des grévistes. «C’est un jour de fête pour nous tous car nous sommes passés d’une logique de confrontation à une logique de collaboration», renchérit Thomas Zwald, secrétaire général de Cremo. Selon le chef d’orchestre du groupe romand, la force de Faireswiss était son approche très complète, jusqu’aux débouchées commerciales grâce à l’appui de Manor.

Manor rogne ses marges

Les briques sont désormais disponibles dans les 31 supermarchés Manor du pays. «La chaîne s’est tout de suite montrée intéressée et a accepté de baisser ses marges afin de rendre nos produits abordables pour le public. Elle participera également à l’effort de promotion de notre lait», se réjouit Anne Chenevard.

Le directeur alimentaire de Manor, Pascal Kraak, ajoute: «Nous mettrons tous les moyens à notre disposition, aux niveaux humain et marketing, pour promouvoir ce produit. En effet, nous ne pouvons proposer de bons aliments que si les producteurs sont bien rémunérés.» Ainsi, le troisième distributeur du pays ne gardera pour lui que 3 à 5% du prix de chaque brique, soit un niveau inférieur à celui des denrées haut de gamme garnissant généralement ses rayonnages. «L’objectif est d’en privilégier les volumes», précise-t-il.

Élargir la gamme et cibler les collectivités

Outre le lait entier, cinq fromages à pâte molle de la fromagerie Grand Pré à Moudon portent aussi le sigle «Lait Equitable Faireswiss». Dans le futur, les agriculteurs espèrent élargir leur gamme avec plusieurs types de lait, mais aussi avec des yaourts et d’autres produits lactés. «A long terme, notre avenir se construira dans les produits transformés», indique le vice-président de la coopérative.
Le plus grand marché de développement pour le projet Faireswiss est cependant celui de la restauration de collectivité, comme les réfectoires scolaires, les restaurants d’entreprises ou encore les cuisines de garderies. Frédéric Brand, directeur général de l’agriculture du canton de Vaud, a pour sa part fait la promesse publique que l’Etat continuera à soutenir cette initiative. «Non seulement par le cofinancement de mesures de marketing mais aussi, plus modestement et symboliquement, par l’achat de vos produits pour les réfectoires des écoles d’agriculture de Grange-Verney et de Marcelin.»

Les fermiers en appellent à la solidarité des citoyens helvétiques

Venu depuis Bruxelles, le Belge Erwin Schöpges est intervenu lors de cet événement officiel en sa qualité de président du syndicat European Milk Board (EMB). «Après l’Autriche, la Belgique, l’Allemagne, le Luxembourg, la France et l’Italie; la Suisse propose maintenant du lait à un prix qui couvre les coûts de production dont le salaire du producteur. C’est un minimum! Nous sommes là pour nourrir la population. Pas pour nous enrichir», a rappelé celui qui est lui-même agriculteur.

Erwin Schöpges a également souligné le courage des paysans coopérateurs, mais aussi de Cremo, à se lancer dans une telle aventure. «J’en appelle aux citoyens de Suisse: aidez-les! Achetez ce lait et faites ainsi pression sur les distributeurs de votre pays.» Même son de cloche du côté de Thomas Zwald de Cremo: «Le consommateur doit maintenant faire preuve de cohérence. Pour celui qui plaignait les producteurs, il est temps de montrer sa solidarité.» Les quatorze producteurs – basés dans les cantons de Vaud, Fribourg, Berne, Jura, Neuchâtel et Bâle-Campagne – chercheront d’ailleurs à sensibiliser les acheteurs en faisant eux-mêmes la promotion du fruit de leur travail dans les Manor de Genève, Chavannes, Lausanne, Vevey et Marin, les 27 et 28 septembre.

En outre, la structure se donne pour mission d’attirer davantage de producteurs de lait à la rejoindre à l’avenir. Au regard des litres de production espérés sous le nom Faireswiss, les chiffres restent flous. Anne Chenevard explique: «L’avenir nous le dira mais nous n’avons encore aucune référence en la matière. De plus, il nous faut d’abord trouver d’autres distributeurs.» L’agricultrice lance le nombre de 400.000 litres en 2020. «Un million ce serait encore mieux. Voire un litre par habitant, ce serait fantastique», se prête-t-elle à rêver.






 
 

AGEFI




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