Modèle suisse: éloge de l’ennui

jeudi, 23.01.2020

Stéphanie Ruegsegger*

Stéphanie Ruegsegger.

D’une pierre deux coups: c’est sans doute le credo des grévistes du climat, qui manifestaient ce week-end à Lausanne. Aux préoccupations environnementales se sont ajoutées des revendications d’ordre socio-politique. Semaine de quatre jours, journée de six heures, congés de diverses natures: un mélange des genres qui ressemble fort à une récupération politique et qui affaiblit les interrogations légitimes que suscite l’avenir de notre environnement.
La société évolue et la politique doit s’adapter en conséquence. Mais changement ne rime pas forcément avec révolution. A ceux qui rêvent du grand soir, il est bon de rappeler que le placide et démocratique système suisse, à défaut d’être le plus glamour à leurs yeux, a quelques vertus. Ainsi que vient de nous le rappeler le Secrétariat à l’économie, le taux d’aide sociale a baissé pour la première fois depuis 2008 et le chômage poursuit sa décrue. Pour compléter, les salaires en Suisse sont parmi les plus élevés au monde (nous sommes sur la deuxième marche du podium mondial) et notre pays est l’un des moins inégalitaires. On peut sans rougir affirmer que la qualité de vie y est globalement bonne. Certes, certains peinent à trouver leur place au sein de la société et nous devons traiter avec toute la diligence voulue les problématiques actuelles et futures qui pourront se poser. Il n’en demeure pas moins que la santé générale de la Suisse est bonne.
Si aujourd’hui encore, malgré une croissance anémique, la Confédération maintient le cap vers le plein emploi, ce n’est pas dû au hasard. Différents facteurs expliquent ce résultat: des conditions cadre attractives pour les entreprises, une gestion des finances saine, une main-d’œuvre formée et compétente ou encore une politique d’ouverture salvatrice et indispensable au petit marché économique suisse. Une caractéristique spécifique pèse aussi d’un certain poids sur cette situation: la stabilité de notre ordre juridique comme de notre système politique, rassurante pour l’économie, et donc bonne pour l’emploi. Même si dans les faits, la Suisse, terre de discussions permanentes, est moins lisse qu’il n’y paraît, son fonctionnement lui assure une certaine quiétude. Les conflits se gèrent en amont, en continu, et dans le respect des réalités régionales, que ce soit au travers du dialogue entre patronat et syndicats, ou d’une démocratie très vivante, qui intègre la voix des citoyens aux décisions. Ce fonctionnement particulier permet d’anticiper et de résoudre d’éventuels problèmes avant qu’ils ne dégénèrent en crises plus profondes. Prévenir plutôt que guérir en quelque sorte.
Même si les mouvements de grève sont en vogue en ce moment, que les coups d’éclat correspondent à merveille au format médiatique actuel et que la politique est amenée à évoluer (ce qu’elle a d’ailleurs toujours fait), il convient de ne pas oublier que le pragmatisme dont la Suisse fait preuve dans la gestion des problèmes explique en grande partie son succès. Comme l’avait très sagement souligné Saint François de Sales au XVIe siècle, le bruit ne fait pas de bien et le bien ne fait pas de bruit. Le processus de décision très inclusif et décentralisé de notre pays donne peut-être une impression de lenteur, mais il permet dans les faits d’obtenir des résultats concrets et solides. Si la contestation permanente était un modèle à retenir, cela se saurait. Il est bon de s’en souvenir à l’heure où les citoyens seront appelés dans les prochains mois à se prononcer sur des projets essentiels, comme les contours de sa politique d’ouverture (le 17 mai prochain avec l’initiative de limitation), ou, plus tard, son système d’assurance-vieillesse.

* FER Genève






 
 

AGEFI




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