Miser sur des valeurs défensives

mercredi, 29.08.2018

Philippe G. Müller*

Philippe G. Müller

Ces dernières semaines, toute une série de risques géopolitiques ont fait les manchettes. Résultat: des doutes et incertitudes accrus sur l’avenir immédiat de l’économie mondiale. Qui pourtant se portait bien jusqu’ici.

Dernier incident en date: la dégringolade de la livre turque. Même si la Turquie n’est probablement pas assez importante économiquement pour que sa crise monétaire s’étende à d’autres pays émergents, cela montre tout de même avec quelle rapidité les péripéties politiques peuvent ébranler les marchés.

Entre-temps, le conflit commercial entre les Etats-Unis et la Chine s’est encore envenimé, après que le président américain Donald Trump a menacé d’instaurer des droits de douane de 25% sur 200 milliards de dollars de marchandises chinoises. Il est très probable que les Etats-Unis imposeront d’autres taxes douanières sur les importations de Chine. Il est patent que les marchés n’ont pas encore intégré tous les effets de ces mesures.

Néanmoins, l’économie mondiale poursuit sa croissance dynamique et les bénéfices des entreprises sont en hausse. Les sociétés américaines en particulier affichent une santé insolente. Chez UBS, la combinaison de fondamentaux toujours solides et de risques accrus a toutefois poussé à ajuster le positionnement tactique des investissements ces dernières semaines.

Tout d’abord, UBS a donné à ses portefeuilles de placements un positionnement plus neutre, en attendant toutefois la prochaine occasion de rétablir la surpondération des actifs à risque. Deuxièmement, au vu de la robuste conjoncture aux Etats-Unis, les pronostics sur les cours des monnaies ont été révisés, car la force du billet vert devrait se maintenir encore quelque temps. En raison de son rôle de valeur refuge, le franc suisse devrait évoluer de concert avec le dollar américain.
Pour ce qui est du marché des actions suisses, on constate que les résultats des entreprises au premier semestre ont été plutôt réjouissants. Depuis des mois, le marché table sur une amélioration d’environ 28% des bénéfices par rapport à l’an passé, ce qui semble réaliste.

Le rapport cours/ bénéfices (PER) du Swiss Performance Index (SPI), sur la base des bénéfices estimés des entreprises pour les douze prochains mois, atteint actuellement 16-17x, soit légèrement plus que sa moyenne sur 30 ans (15x). Le rendement sur dividendes est même attrayant: estimé à 3% pour l’exercice actuel, il est nettement supérieur à sa moyenne de 2,4% depuis 2000.

Les «titres à dividende suisses de qualité» sont donc particulièrement attrayants dans le contexte de taux d’intérêt et de rendements obligataires ultra-bas en francs. Par ailleurs, les dividendes sont une composante essentielle et défensive de la performance du marché des actions. Sur les vingt dernières années, près de la moitié de la performance du SPI est venue des dividendes et le reste de gains de cours.

Mais le facteur de la croissance va prendre davantage d’importance, car les actions à rendement ne pourront plus profiter de la baisse des intérêts, tandis que la robustesse conjoncturelle permettra à nouveau une croissance des bénéfices et des chiffres d’affaires.

* Economiste responsable pour la Suisse romande, UBS






 
 

AGEFI



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