Le métal jaune au-delà des 1800 dollars l’once?

lundi, 02.09.2019

Métal précieux. Si les tensions géopolitiques mondiales venaient à s’accroître, l’or pourrait continuer de grimper pour approcher de son plus haut historique.

Nitesh Shah*

Le cours de l’or a enregistré une forte progression, de 14% ces deux derniers mois. Cette appréciation s’est accompagnée d’un repli soudain des rendements des emprunts d’Etat américains et d’une hausse de la demande d’actifs refuges que l’on peut attribuer aux tensions croissantes entre Washington et Pékin. Il semblerait que les marchés, conjointement avec l’administration Trump, aient forcé la main de la Réserve fédérale américaine (Fed) pour qu’elle assouplisse sa politique monétaire. Les contrats à terme sur les fonds fédéraux indiquent que le marché anticipe d’ailleurs de nouvelles baisses de taux en 2019, ce qui devrait maintenir les rendements des emprunts d’État américains à un bas niveau. 

Selon notre scénario central, le cours de l’once d’or devrait progresser et passer de 1500 dollars à la mi-août 2019 à 1550 dollars au 2e trimestre 2020. Cette prévision est basée sur l’hypothèse du maintien des rendements des emprunts d’Etat à 10 ans et de l’indice dollar à leurs niveaux actuels qui sont de respectivement 1,65% et 97. Nous tablons sur une inflation stable à environ 1,8%. En effet, nous écartons la possibilité de pressions immédiates sur les prix et estimons qu’une inflation supérieure ne serait pas cohérente avec la politique de réduction des taux de la Fed. 

Basé sur une prévision conservatrice

Selon les données de la Commodity Futures Trading Commission (CFTC), les positions nettes acheteuses sur le marché à terme de l’or ont atteint un sommet historique, à raison de 350.000 contrats. Le sentiment de marché vis-à-vis de l’or s’est très rapidement inversé puisqu’en novembre 2018 les positions étaient encore nettes vendeuses. Nous n’avons jamais vu de positionnement aussi positif qu’il l’est aujourd’hui se maintenir dans la durée, par conséquent, il paraît raisonnable de tabler sur un positionnement net acheteur de 120.000 contrats pour notre scénario central. 

Bien que ce dernier soit basé sur une prévision conservatrice, avec un positionnement net acheteur plus proche de sa moyenne à long terme, on peut néanmoins se poser la question de savoir ce qui se produirait si le positionnement actuel (positions nettes acheteuses: à environ 350.000 contrats) devait se maintenir jusqu’au 2e trimestre 2020? Dans ce cas, notre modèle indique que l’once d’or pourrait atteindre 1815 dollars.

Un certain nombre de risques géopolitiques et financiers expliquent le volume élevé des positions nettes acheteuses sur l’or. Les négociations commerciales entre les Etats-Unis et la Chine étant actuellement dans l’impasse, il est de plus en plus probable que ces deux superpuissances adoptent des politiques économiques plus protectionnistes. Le marché craint que la Fed ne fasse une erreur en assouplissant sa politique monétaire alors que le marché du travail est tendu et que l’inflation ne baisse pas. 

Risque de recrudescence des tensions au Moyen-Orient

La probabilité d’un Brexit dur s’est accrue suite la désignation du nouveau Premier ministre britannique. Il existe un risque de recrudescence des tensions au Moyen-Orient, l’Iran continuant d’enrichir de l’uranium dans des volumes supérieurs aux limites fixées par l’accord sur le nucléaire iranien. En outre, les attaques perpétrées contre des tankers lors de leur passage dans le Détroit d’Ormuz où transite un tiers du pétrole transporté par la mer à l’échelle mondiale sont également venues attiser les différends. En Argentine, l’économie et les marchés actions et obligataires sont à nouveau en crise, ce qui vient alimenter les craintes d’une correction générale sur les marchés émergents. A Hong Kong, le projet de loi d’extradition qui permettrait aux criminels suspectés d’être jugés en Chine continentale a déclenché un mouvement de protestation plaidant pour une réforme démocratique plus poussée.

Même si bon nombre de ces difficultés pourraient être rapidement résolues, il est fort probable que cela ne sera pas le cas. Par exemple, pour ce qui est des négociations commerciales entre les Etats-Unis et la Chine qui durent depuis plus de 2 ans, chaque parti campe fermement sur ses positions et, à l’heure actuelle, il est difficile de savoir ce qui leur permettrait de trouver un terrain d’entente. 

Quoiqu’il en soit, si les tensions géopolitiques venaient à s’accroître, la spéculation pourrait encore se renforcer. Et si les positions nettes acheteuses atteignaient un volume de 400.000 contrats, l’once d’or pourrait, selon notre modèle, grimper jusqu’à 1875 dollars, soit à un cheveu de son plus haut historique de 1900 dollars, touché le 5 septembre 2011.

*Directeur de la recherche, WisdomTree






 
 

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