Encore un mois d’octobre difficile pour les Bourses

mardi, 27.11.2018

Marchés actions. Bien que la croissance américaine soit soutenue, et même plus que ce qui était attendu, les actions ont nettement sous-performé au cours du mois passé.

Franz Wenzel*

Les mois d’octobre et de novembre l’ont prouvé une fois de plus: malgré les bonnes données conjoncturelles, certes un peu plus faibles, et les résultats positifs des entreprises, les marchés boursiers ne se portent pas au mieux. Bien que la croissance américaine soit soutenue, et même plus que ce qui était attendu, les actions ont nettement sous-performé en octobre. Les titres cycliques ainsi que les valeurs de croissance, qui sont en règle générale étroitement liées à la croissance économique, ont été particulièrement touchés.

L’indice S&P 500, qui regroupe les 500 plus grandes entreprises américaines cotées en Bourse, a été le grand perdant: après une solide performance jusqu’en septembre, l’indice a perdu plus de 7% par rapport à son maximum et dépasse désormais de peu zéro depuis le début de l’année. Néanmoins, les rapports sur les bénéfices des entreprises au troisième trimestre étaient à plus de 80% positifs. Les perspectives de bénéfices ont été dépassées en moyenne de 6,2%. Les bénéfices des entreprises sont même en moyenne 23,7% plus élevés que l’année précédente. À quoi donc est dû cette chute? Et pourquoi ne retrouve-t-on pas la corrélation habituelle entre les données macroéconomiques et résultats des entreprises et l’évolution du cours boursier?

De nouveaux sommets

Les critiques du président américain Donald Trump à l’encontre de la politique des taux d’intérêt appliquée par la Réserve fédérale ne devrait pas fondamentalement impacter les futures décisions du Comité de politique monétaire: l’économie américaine poursuit sa croissance, les indices macroéconomiques ont atteint de nouveaux sommets et le taux de chômage, qui avoisine les 4%, indique que le plein emploi est une réalité depuis plusieurs trimestres. Les données sur l’inflation américaine ont atteint la valeur-cible de la Réserve fédérale et des signes clairs d’une plus forte hausse des salaires sont perceptibles. Rien ou presque ne devrait donc empêcher la Réserve fédérale de continuer à appliquer une politique monétaire rigoureuse. 

L’explication tient d’une part à la perspective de futures hausses des taux qui a impacté la correction des cours enregistrée en octobre. D’autre part, le durcissement du ton entre les USA et la Chine a tendu un peu plus la situation. Enfin, l’incertitude concernant la durée du cycle conjoncturel américain ainsi que son évaluation ont contribué à désécuriser un peu plus les investisseurs - ce qui s’est notamment traduit par les ventes importantes de titres ayant un lien plus étroit avec l’économie.

Eviter les actions?

Outre les éventuelles répercussions des augmentations des tarifs douaniers entre les Etats-Unis et la Chine, les investisseurs ont été de plus en plus préoccupés par une réduction des marges bénéficiaires, car le vent arrière devrait faiblir en raison de la baisse des impôts des entreprises aux Etats-Unis.

Cependant, l’insécurité avait la plupart du temps un rapport avec des facteurs techniques. Fondamentalement, la croissance économique devrait continuer à dépasser le potentiel dans les pays économiquement développés.

Mais cette évolution du marché signifie-t-elle que les investisseurs devraient éviter les actions? 

En dépit de cette chute, une surpondération modérée des actions pourrait être intéressante pour les investisseurs. Pour l’instant, la correction du marché semble en effet avant tout s’expliquer par des motifs techniques. Par ailleurs, les données fondamentales restent bonnes, les tendances conjoncturelles américaines sont positives – l’économie au troisième trimestre a enregistré une croissance plus importante que prévu avec 3,5% en moyenne annualisée – et les premiers résultats des entreprises au troisième trimestre plaident aussi en faveur d’autres bénéfices pour les actions américaines et donc d’autres versements de dividendes attrayants 

Les actions des marchés émergents font toutefois exception, où les hausses des taux d’intérêt américains et du dollar US sont synonymes de risques supplémentaires si davantage de capital est rapatrié des marchés émergents vers les USA.

L’insécurité est aussi due en grande partie aux nouvelles du monde politique, avec l’élection du populiste de droite Jair Bolsonaro à la présidence brésilienne et toute une série de risques en Europe. De l’incertitude quant à l’issue du Brexit à un mandat politique de plus en plus fragile pour la coalition d’Angel Merkel en Allemagne en passant par les critiques sévères de la Commission européenne envers la politique fiscale italienne – les facteurs de trouble sont suffisamment nombreux.

Diversification intéressante

Pour contrecarrer toutes ces incertitudes, les obligations fédérales américaines pourraient actuellement représenter une diversification intéressante pour un portefeuille composé globalement de catégories d’actifs – en raison de leur différence de taux positive et parce qu’ils permettent de se prémunir des turbulences du marché. Car qui peut garantir que les turbulences que traversent les marchés boursiers vont définitivement faiblir?

*PhD, stratège en placement pour la clientèle institutionnelle






 
 

AGEFI



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