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mardi, 22.09.2020

Marché obligataire. Refroidis, les actifs risqués sont malmenés alors que les marchés obligataires sont inertes.

François Christen*

Malgré des développements conjoncturels assez réjouissants, les actifs risqués ne parviennent pas à s’extraire d’une zone de turbulences qui a brisé l’élan – le «momentum» – qui s’est manifesté depuis les abysses explorées à fin mars. L’épicentre de cette correction se situe aux USA, où les actions des géants de la technologie qui avaient flambé en août sont confrontées à des prises de profits et à un retour de bâton assez peu surprenant au regard de l’envol des opérations spéculatives (via des stratégies optionnelles) survenu le mois passé.

En contraste avec l’agitation qui secoue Wall Street, les obligations présentent généralement des rendements et des primes de risque stationnaires. Le rendement à l’échéance du T-Note US à dix ans est inchangé à 0,66%. A plus court terme, le rendement du T-Note à deux ans est stable à 0,13%, au milieu de la fourchette de 0% à 0,25% où la Fed a fixé son taux directeur depuis le 15 mars.

Au rang des faits marquants de la semaine écoulée, la réunion du FOMC s’est soldée par un statu quo largement escompté, mais la mise à jour des prévisions des 17 membres du comité a retenu l’attention. Pour la première fois, les banquiers centraux ont dévoilé leurs attentes à l’horizon 2023. En matière de croissance et de chômage, les prévisions ont été révisées dans un sens réjouissant. Alors que le FOMC tablait sur une contraction du PIB de -6,5% en 2020 en juin, la nouvelle projection s’établit à -3,7%. Le FOMC table en outre sur une baisse plus rapide du taux de chômage (7,6% attendu en moyenne au T4, contre 9,3% prévu en juin).

En bref, le FOMC observe un choc moins sévère qu’initialement redouté et une inflation un peu plus rapide, mais toujours inférieure à 2% jusqu’en 2022, puis sur la cible de 2% en 2023. Malgré ces constats réjouissants, en phase avec l’optimisme qui s’exprime sur les marchés financiers, une large majorité du FOMC (13 sur 17) prévoit de maintenir le taux d’intérêt directeur à son niveau actuel jusqu’en 2023, conformément à la nouvelle approche dévoilée fin août qui implique une plus grande tolérance à l’inflation afin de renforcer la crédibilité de l’objectif d’atteindre un renchérissement de 2% à moyen terme. 

Bien que les projections du FOMC ne constituent pas une promesse, elles suggèrent que le climat actuel de «répression financière» qui incite les investisseurs à prendre davantage de risque pour éviter la sanction des taux d’intérêt réels négatifs n’est pas près de s’achever même si la conjoncture évolue dans un sens favorable... ce qui est toutefois loin d’être acquis dans un contexte sanitaire qui reste problématique. 

Les dernières tendances épidémiologiques font état d’un léger rebond du nombre de cas détectés aux USA, après plusieurs semaines de décrue, et d’une amplification de la «deuxième vague» qui affecte désormais l’Europe occidentale. Si le système sanitaire n’est pas débordé, on observe cependant une augmentation des hospitalisations en lien avec la pandémie qui pourrait déboucher sur de nouvelles contraintes de nature à entraver la reprise économique qui s’est développée au troisième trimestre

Parmi les indicateurs publiés récemment aux USA, on retiendra la progression des ventes au détail (0,6% mensuel, 2,6% annuel), qui ralentit tout en restant positive, et le niveau obstinément élevé des demandes d’indemnités de chômage (860.000). La croissance robuste de la production industrielle en Chine en août (5,6% en glissement annuel) constitue un symptôme probant de reprise à l’échelle mondiale, tandis que les ventes au détail chinoises émergent lentement (0,5% en glissement annuel) après avoir longtemps évolué en-dessous des niveaux de 2019. Quant à la zone euro, hormis quelques sondages relatant une amélioration de la confiance et du climat des affaires, on observe la poursuite du rebond de la production industrielle (4,1% mensuel en juillet, -7,7% en glissement annuel, soit d’amples surcapacités résiduelles).

Le climat politique pré-électoral a encore empiré aux USA suite au décès de Ruth Bader Ginsburg, juge «progressiste» qui a siégé plus de 40 ans à la Cour suprême. Donal Trump et les Républicains sont très pressés de mettre en place un ou une juge d’obédience conservatrice. Cette nouvelle bataille, à six semaines des scrutins législatifs et exécutifs, anéantit les chances d’aboutir à un renouvellement du plan de relance fiscale. Le risque d’assister à des élections contestées débouchant sur une longue phase d’incertitude et d’inertie fragilise les marchés financiers qui sont loin d’offrir des primes de risque aussi généreuses que celles que l’on pouvait capter le printemps passé.

*Banque Profil de Gestion à Genève 






 
 

AGEFI



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