Les péripéties de Trump monopolisent l’attention

mardi, 06.10.2020

Marché obligataire. Occulté par l’enjeu politique, le tableau économique et sanitaire comporte des zones d’ombre.

François Christen*

L’actualité gravite essentiellement autour de l’ineffable Donald Trump, en quête de réélection le 3 novembre. Le débat acrimonieux opposant le Républicain à son adversaire Démocrate, la contamination du Président par le coronavirus et son hospitalisation ont reçu un éclairage médiatique aveuglant, mais les marchés financiers n’ont pas été trop déstabilisés. 

Les derniers sondages, sujets à caution, confèrent toujours un net avantage à Joe Biden qui n’a pas démérité lors de sa confrontation face à un Trump pugnace. Alors que les actions affichent des gains modestes, les emprunts du Trésor US présentent des rendements en hausse: celui du T-Note à dix ans s’est redressé à 0,74% après un bref repli à 0,65%.

Partiellement occulté par les péripéties de Donald Trump, l’actualité économique est plutôt souriante, mais laisse paraître quelques nuages à l’horizon. 

Le rapport de l’emploi publié vendredi passé fait état de la création de 661.000 postes en septembre (1489.000 en août) et une décrue du taux de chômage de 8,4% à 7,9%. 

La reprise se poursuit, mais le rebond est désormais moins dynamique. Le niveau actuel de l’emploi affiche encore un recul de 10,7 millions de postes par rapport au pic en février. 

En bref, l’état de santé du marché du travail s’améliore de plus en plus lentement et reste assez préoccupant, conformément au scénario de la Fed. Le niveau élevé de demandes d’indemnités de chômage (837.000 selon le dernier relevé hebdomadaire) et l’annonce de licenciements «permanents» (Dis­ney et deux compagnies aériennes) remettent en question le scénario de «reprise en V» que certains stratèges avaient prévu pour le second semestre 2020 et 2021. 

En lieu et place, il faut se contenter d’une reprise fragile, toujours menacée par la pandémie de Covid-19. A cet égard, les dernières tendances épidémiologiques ne sont pas rassurantes. Les 44.000 cas détectés quotidiennement aux Etats-Unis (en moyenne mobile sur 7 jours) et l’amorce du rebond observé dans certains Etats du nord est montre que la pandémie n’est pas surmontée, comme Trump vient de l’apprendre à ses dépens.

L’érosion du PMI manufacturier, de 56 en août à 55,4 en septembre, est peu significative. Elle traduit cependant un essoufflement de la reprise qui pourrait préfigurer un fort ralentissement de la croissance au quatrième trimestre, après le rebond très vif observé au troisième trimestre. Ce tassement est partiellement imputable à l’arrêt, dès le mois d’août, d’un programme de soutien accordé aux chômeurs qui a provoqué une baisse du revenu disponible des ménages (-2,7% par rapport à juillet) de nature à entraver le rebond des dépenses favorisé par l’assoupissement des contraintes sanitaires (en modeste hausse de 1% à la faveur d’un déclin du taux d’épargne).

Reflux du PMI composite

En Europe, l’actualité économique est plutôt souriante, com­me en témoigne l’indicateur du sentiment économique de la Co­m­mission Européenne (en hausse de 3,6 points à 91,1) et le rebond des PMI manufacturiers (53,7 en septembre après 51,7 en août pour  la zone euro), mais elle n’intègre pas les effets de la récente dégradation de la situation sanitaire, désormais évidente. Le tableau conjoncturel est toutefois assombri par le déclin des PMI consacrés aux services (48 après 50,5) qui entraîne un reflux du PMI composite à 50,4, un niveau plus compatible avec un état de stagnation qu’avec une phase de reprise.

La «deuxième vague» de Covid-19 qui se développe actuellement en Europe et les 300.000 cas diagnostiqués quotidiennement à l’échelle mondiale impliquent la mise en œuvre de nouvelles contraintes qui pourraient, au pire, conduire à un nouveau repli de l’activité après un bref rebond. Il faut toutefois relever de bonnes nouvelles en provenance de Chine, où la crise sanitaire semble surmontée et où les PMIs se maintiennent à des niveaux réjouissants: les indices NBS traduisent un léger renforcement tant pour le secteur manufacturier (51,5 après 51) que pour celui des services (55,9 après 55,2). Au Japon, l’enquête Tankan met en lumière une reprise robuste, mais légèrement en-dessous des attentes, au troisième trimestre: l’indice consacré aux grandes entreprises manufacturières a gagné 7 points, en passant de -34 à -27.

Malgré ce climat d’incertitude, les emprunts gouvernementaux en euros affichent des rendements stables et peu attrayants (-0,52% pour le Bund allemande à dix ans). Les emprunts du gouvernement italien se distinguent avec des rendements en repli d’une dizaine de points de base (0,78% pour le BTP à dix ans, pour un «spread» tombé 1,3%). Cette évolution s’explique par les revers électoraux de Matteo Salvini et par la perspective d’un coup de pouce budgétaire substantiel accordé par la Commission Européenne.

* Banque Profil de Gestion à Genève






 
 

AGEFI



...