Diète forcée des dettes de sociétés américaines de courtes maturités

jeudi, 19.11.2020

Marché obligataire. L’encours des obligations d’entreprises de qualité ayant des échéances de trois ans ou moins a diminué de 7% cette année.

Gianni Pugliese*

Les dettes d’entreprises de courtes maturités deviennent une denrée rare de nos jours sur le marché secondaire. Avec la baisse des rendements, les émetteurs de bonne qualité en profitent pour se financer à plus long terme, ne laissant aux investisseurs les plus prudents que peu à se mettre sous la dent.

Une étude publiée par Barclays, sur le marché américain, montre en effet que l’encours des obligations d’entreprises de qualité ayant des échéances de trois ans ou moins a diminué de 7% cette année, comparé à la fin de l’année dernière.

Cette baisse intervient alors même que l’univers global des obligations d’entreprises est en augmentation de plus de 11%, si l’on s’en réfère aux données de l’indice Bloomberg Barclays. L’origine de cette baisse se trouve du côté des entreprises qui ont racheté de manière agressive leurs emprunts court terme en émettant des obligations long terme afin de financer ces opérations. Elle est intuitivement compréhensible tant les coûts d’emprunt pour des maturités de 10 ans+ sont devenus bas dans l’environnent actuel. Le rendement moyen de cette catégorie du secteur «corporate investment grade» s’élève à 2.96% en date du 16 novembre, bien en dessous de la moyenne sur cinq ans de 4.19%.

Les implications sont également visibles sur le marché primaire. Selon Bloomberg, la proportion de nouvelles émissions arrivant à échéance entre 18 mois et cinq ans n’a constitué que 14% du total émis depuis le début de l’année, contre 39% pour les maturités de 10 ans et plus, et 20% pour celles supérieures à 30 ans. Les entreprises bénéficient ainsi d’une plus grande marge de manœuvre sur le passif de leur bilan, tout en cristallisant des coupons plus bas pour plus longtemps.

A l’inverse, ces conditions de marché ne favorisent de loin pas les investisseurs aux vues plus conservatrices. Réduire le risque de crédit, en se concentrant sur la qualité, ainsi que celui de duration, à travers l’achat de maturités courtes, est devenu un exercice plus compliqué. Il s’agit, en quelque sorte, du prix à payer pour les diverses mesures de soutien mises en œuvre par les banques centrales en général et par la Fed dans ce cas précis. Un «dommage collatéral» poussant les investisseurs à prendre plus de risque de crédit et/ou de duration que souhaité. Cette sortie forcée du propre horizon naturel d’investissement pourrait d’ailleurs durer.

En effet, les souvenirs du mois de mars sont encore brûlants, lorsque les marchés des capitaux s’étaient soudainement asséchés et le stress était monté à son comble. La question s’était alors posée sur la capacité des entreprises à faire face à leurs obligations à court terme. Nombre d’entre elles avaient dû activer des lignes de crédit ou contracter de nouveaux prêts bancaire pour survivre.

Il est donc fort à parier que les émetteurs ne prendront pas de risque de refinancement à court terme tant qu’ils n’auront aucune visibilité sur «l’après pandémie». Les investisseurs conservateurs devront encore patienter.

*Analyste Mirabaud & Cie






 
 

AGEFI



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