Bonds de toutes les couleurs

mardi, 09.04.2019

Marché obligataire. La demande des investisseurs en produits verts et durables ne cesse de croître.

Philipp Müller*

Les emprunts verts, ou «green bonds», sont vus comme une clé pour la mise en œuvre des objectifs climatiques adoptés en 2015 à Paris. Les green bonds sont émis afin de financer des fonds pour les investissements dans des sources d’énergie écologiques et des infrastructures énergétiques durables ainsi que des projets pour la lutte contre le changement climatique. En 2018, les green bonds émis correspondaient à un volume de 167,6 milliards de dollars. L’agence de notation Moody’s Investors Service prévoit pour 2019 une hausse globale des volumes d’émission de 20 % et l’atteinte de la marque des 200 milliards de dollars.
Il y a de nombreux indices dans ce sens, car le segment représente environ 1 % du marché global des emprunts, et un nombre croissant d’émetteurs contribue à une croissance stable. Les green bonds ont déjà trouvé leur place dans l’allocation des investisseurs institutionnels, et sont également bien notés par les gouvernements. Il faut s’attendre à ce que les organismes publics apparaissent de plus en plus comme des émetteurs dans le segment des green bonds et utilisent ces instruments pour faire connaître les efforts climatiques à un public plus large.
De plus, il existe encore des instruments tels que les blue bonds, les social bonds ou les sustainability bonds. En 2018, le volume des sustainability / SDG / ESG bonds émis a tout de même atteint les 21 milliards de dollars. Quant aux social impact bonds, ils constituent une forme sui generis. Il s’agit d’une forme de financement innovatrice faisant appel aux investisseurs privés pour la résolution plus efficiente de problèmes sociaux. Le rendement des investisseurs et la rémunération du fournisseur de prestations dépendent de directives claires convenues au préalable. A l’expiration du terme, l’émetteur ne rembourse le crédit intégralement que si les objectifs sociaux ont été atteints. Le terme «bond» est cependant trompeur, car la rémunération espérée et le remboursement sont liés à certaines conditions, et il s’agit la plupart du temps de constructions con­tractuelles et non pas d’emprunts / obligations à proprement parler. La base de données Brookings Global Impact Bond a enregistré en mars de cette année 138 bonds de cette nature, avec un volume de 421,7 millions de dollars – 28 de plus que l’année précédente.
Cela étant, le spectre de couleurs n’est pas encore épuisé: le gouvernement des Seychelles a lancé en 2018 le premier «blue bond» destiné à encourager les projets durables touchant à la mer et à la pêche. L’emprunt bleu des Seychelles est garanti partiellement par une sûreté de la Banque mondiale, et soutenu par un prêt du Fonds pour l’environnement mondial. De plus, en janvier 2019, le premier Nordic-Baltic Blue Bond a été émis par la Nordic Investment Bank afin de contribuer à la préservation de la mer Baltique. Cet emprunt se concentre sur les investissements dans la gestion et la protection des eaux.
Cette année ainsi que les suivantes, les volumes des bonds de toutes les couleurs devraient augmenter, et le spectre des émetteurs étatiques et non-étatiques s’élargir. Avec seulement 20 green bonds à la Bourse suisse SIX, notre volume d’émission est d’ailleurs relativement faible. Afin de ne pas être aveuglés par le «greenwashing», à savoir l’écoblanchiment servant uniquement à des fins de marketing et dépourvu de substance écologique, les investisseurs devraient se fonder sur des normes industrielles, par exemple celles de l’International Capital Market Association (ICMA), qui a établi les principes largement admis des green & sustainable bonds. S’agissant d’investissements dans des bonds de pays émergents et en développement, il est primordial de disposer d’un savoir-faire local et de comprendre en profondeur les répercussions que peuvent avoir différents risques sur ces marchés et sur les entreprises concernées.

* Head of Investment Solutions, BlueOrchard Finance Ltd






 
 

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