Trépidations boursières et inertie

mercredi, 30.09.2020

Marché obligataire. Entre ces pôles opposés, les emprunts d’entreprises constituent un compromis attrayant.

François Christen*

Septembre 2020 n’aura pas dérogé à une tradition saisonnière bien établie. Les actions traversent une zone de turbulences impliquant des décrochages et des rebonds indigestes. Wall Street devrait céder l’entièreté, ou du moins une grande partie, des gains engrangés en août. Dans ces circonstances, les valeurs technologiques font valoir un «bêta» élevé qui amplifie les mouvements du marché. En contraste avec les actions, les obligations gouvernementales assument leur statut de valeur refuge, peu volatiles.

Toutefois, l’effet de couverture se révèle décevant: la corrélation entre le S&P 500 et les emprunts du Trésor semble proche de 0, mais pas franchement négative. En d’autres termes, le «T-Note US» à dix ans n’a guère bénéficié de la correction des actifs plus risqués; à 0.67 %, son rendement est stable au terme de la semaine écoulée.

Rebond en perte de vigueur

Les indicateurs économiques récents mettent en lumière une expansion qui s’est poursuivie durant le mois de septembre. Les PMI issus de sondages conduits auprès des directeurs d’achats sont à peu près stables, tant du côté des services (54,6 après 55) que du secteur manufacturier (53,5 après 53,1). La progression des commandes de biens durables (0,4 % mensuel en août, -6,3% en glissement annuel) corrobore le message des PMI. Le rebond de l’activité survenu au troisième trimestre semble néanmoins perdre de sa vigueur. Le nombre de demandes d’indemnités de chômage reste obstinément élevé (870.000 selon le dernier relevé hebdomadaire, pour un total de 12,6 millions de chômeurs indemnisés).

Le président de Fed s’est exprimé face à des commissions parlementaires de la Chambre des représentant et du Sénat. Jerome Powell a encore une fois justifié la politique monétaire archi-accommodante et la mise en œuvre de nombreux programmes innovants pour préserver le fonctionnement du marché du crédit. Sans surprise, le banquier central a exhorté les parlementaires à accentuer leurs efforts de relance budgétaire – un appel qui a peu de chances d’être entendu à cinq semaines des élections parlementaires et présidentielle. Le changement de paradigme impliquant une tolérance accrue à l’inflation semble bien accepté par les élus.

Au bénéfice d’un programme de soutien de la Fed, les emprunts d’entreprises ont cédé un peu de terrain après avoir longtemps échappé aux turbulences affectant le marché des actions. Les primes de risque observées sur le segment «high yield» ont sensiblement augmenté la semaine passée pour se rapprocher de 5,8% en moyenne (OAS-govt, face aux emprunts du gouvernement), soit près d’un demi pourcent de plus qu’au début du mois de septembre. Plus robuste, le segment «investment grade» a vu la prime de risque moyenne augmenter d’une dizaine de points de base pour s’établir aux environs de 1,4%. Le moment semble assez bien choisi pour constituer ou accroître une exposition au risque de crédit.

Actualité mitigée

En Europe, la courbe des rendements en euros semble figée. Le rendement du «Bund» allemand à dix ans est quasiment inchangé à -0,52%. Le rendement du BTP a en revanche légèrement fléchi pour s’établir à 0,87% suite aux succès électoraux enregistrés par la coalition de centre-gauche qui détient le pouvoir. L’échec de Matteo Salvini en Toscane a favorisé une baisse sensible de la prime de risque infligée à Italie.

L’actualité conjoncturelle est mitigée. Plusieurs enquêtes mettent en lumière une amélioration du climat des affaires, à l’instar de l’indice allemand IFO qui affiche sa 5e hausse consécutive en septembre (93,4 après 92,5 en août). La confiance des consommateurs poursuit aussi son redressement depuis le «creux» atteint en avril. On observe cependant une divergence entre le secteur manufacturier, qui se renforce légèrement (PMI à 53,7 en septembre après 51,7 en août) et les services où le durcissement des contraintes sanitaires commence à déployer un effet délétère (PMI en repli de 50,5 à 47,6). L’indicateur «composite» enregistre une légère baisse qui pourrait préfigurer une rechute si la situation sanitaire continue à empirer. Les dernières tendances épidémiologiques ne sont guère rassurantes: le nombre de nouveaux cas de la Covid-19 détectés aux USA est à nouveau orienté à la hausse, tandis que l’Europe peine à contenir la deuxième vague qui commence à saturer les capacités hospitalières dans certaines régions, notamment en Espagne et en France.

En Suisse, la BNS n’a surpris personne en réaffirmant un cap accommodant. Le taux directeur est inchangé à -0,75% et la banque centrale continue à brandir la menace d’interventions sur le marché des changes pour réduire l’attrait du franc. Prévoyant une contraction du PIB suisse de l’ordre de 5% en 2020, la BNS estime qu’une reprise complète prendra beaucoup de temps. Les emprunts de la Confédération à dix ans présentent un rendement stable, légèrement inférieur à -0,5%, en ligne avec celui du «Bund».

*Banque Profil de Gestion à Genève






 
 

AGEFI



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