L’émergence des «Greenium»

jeudi, 24.09.2020

Marché obligataire. Désormais, les émissions vertes coûtent moins chers à leurs émetteurs que leur dette conventionnelle... et rapportent moins aux investisseurs.

Catherine Reichlin*

Quelle que soit la direction où l’on regarde le marché primaire obligataire, il est impossible d’échapper à la vague verte. 

Qu’elles soient sociales, vertes ou durables, ces obligations, qui permettent à l’investisseur de savoir à quelles fins ses fonds seront utilisés, sont partout. 

La tendance n’est pas nouvelle mais la volonté de repartir sur de meilleures bases et lutter contre le changement climatique a servi d’accélérateur. En moins d’une semaine, pléthore de «premières» ont été réalisées. 

L’arrivée de l’Allemagne sur ce marché n’en est qu’un exemple, tout comme celle des constructeurs automobiles allemands, Daimler et Volkswagen. Burberry, pour sa part, est la première société du luxe à émettre une obligation verte. 

Les pays émergents ne sont pas en reste. Saudi Electricity a émis la première obligation verte de format Sukuk et le brésilien Suzano (industrie papetière), la première obligation émergente liée à des objectifs de durabilité. 

Bien qu’en augmentation, la part des obligations vertes par rapport à la totalité des nouveaux emprunts reste faible (151 milliards de dollars sur un total de... 2,61 trillions de dollars en 2020, soit 6%). 

En Europe, la proportion est légèrement supérieure (8%). Elle va continuer de s’accroître avec l’arrivée de l’Union Européenne, véritable mastodonte, qui prévoit d’émettre 225 milliards d’euros d’obligations vertes, soit un montant proche du total des obligations vertes émises en 2019 par... l’ensemble des émetteurs. 

Outre la distorsion qui risque d’affecter les indices d’obligations vertes, une tendance se dessine-t-elle? Pendant de nombreuses années, les emprunteurs s’aventurant sur ce marché, le faisaient sur les mêmes niveaux que leur dette conventionnelle, voire payaient davantage. Il semblerait que ce temps soit révolu, du moins pour celles qui ont un programme ESG clair. Au point qu’un nouveau mot gagne en importance: «Greenium», sorte de «prime verte». Elle implique que les obligations vertes coûtent moins chers à leurs émetteurs que leur dette conventionnelle... et rapportent moins aux investisseurs, sur le plan financier, alors que le risque bilanciel encouru est le même. 

La situation n’est toutefois pas totalement irrationnelle. Les émetteurs devant fournir davantage de renseignements, garantir la traçabilité des fonds ou encore effectuer un compte-rendu spécifique font face à des coûts supérieurs qui dorénavant sont partagés avec les investisseurs. Verizon, Daimler, et même Volkswagen, ont pu émettre avec des «Greenium». 

L’économie pour les emprunteurs peut s’avérer significative. VW, par exemple, paye en moyenne 14,5pb de moins sur ses deux obligations vertes inaugurales. L’économie annuelle est proche de 3 millions d’euros. Et si une entreprise qui, comme Volkswagen, a été au cœur d’une controverse majeure (Dieselgate) parvient à émettre des obligations vertes avec «Greenium», cela confirme une autre tendance.

Celle qui plaide pour davantage d’intégration et d’accompagnement des entreprises dans leur transition, plutôt que de les sanctionner à travers de simples politiques d’exclusion. Une tendance constructive qui, espérons-le, se poursuivra.

*Responsable recherche financière, Mirabaud & Cie 






 
 

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