Délicate situation des émergents

mardi, 06.10.2020

Marché obligataire. Certains pays ont obtenu une restructuration de leur dette, d’autres subissent des coûts exorbitants.

Gianni Pugliese*

Gianni Pugliese

La Covid-19 a engendré des défis supplém­en­taires pour des pays déjà en difficulté. Alors que certains d’entre eux ont obtenu des accords de restructuration de leur dette, d’autres, moins chanceux, subissent des coûts d’emprunts devenus exorbitants, sans sursis pour l’instant. 

L’effondrement au Liban

L’Argentine et l’Équateur, par exemple, ont décroché le soutien des détenteurs obligataires et restructuré leur dette. 

A contrario, le Liban a fait défaut et s’enfonce toujours plus dans une crise politique qui entrave la reconstruction de son système bancaire et celle de son économie. 

La Zambie a vu sa demande de suspension de paiement d’intérêts pendant six mois rejetée par un groupe de créanciers. Un bref tour d’horizon montre cependant qu’avec ou sans restructuration, lorsque le marché décide de focaliser sur ce qui l’inquiète, la partie est loin d’être gagnée...

Moins d’un mois après que l’Argentine ait restructuré près de 65 milliards de dollars de dette internationale, les prix de ses obligations ont rechuté pour s’échanger entre 40% et 45%. Ils n’ont pas résisté à l’annonce de l’imposition du contrôle des changes, mesure prise afin d’enrayer la baisse des réserves en devises internationales.

Même constat pour l’Équateur qui a restructuré 17,4 milliards d’obligations internationales fin août. Une ligne de crédit de 6,5 milliards octroyée par le FMI a contribué à sceller l’accord avec ses créanciers. 

Cela n’empêche pas les investisseurs de craindre la victoire d’un candidat de gauche, ayant critiqué l’accord avec le FMI, aux élections présidentielles de 2021. Des inquiétudes reflétées dans les cours des obligations équatoriennes, qui ont perdu entre 4,5% et 6,5% durant le mois de septembre. La Zambie, premier pays africain à avoir demandé un allégement de sa dette depuis le début de la pandémie, demeure en attente. 

Les détenteurs obligataires exigent plus de clarté sur le plan de réduction du fardeau de la dette, notamment concernant les prêts bilatéraux avec la Chine. Même si le gouvernement a déclaré qu’il traiterait tous les investisseurs sur la même base, un accord avec la Chine, son principal créancier, est crucial dans le cadre de pourparlers avec le FMI. Les cours de ses emprunts se traitent sous la barre des 50%. 

Au Liban, l’explosion meurtrière dans le centre de Beyrouth et les divisions politiques ne font qu’aggraver l’effondrement économique.

Des discussions avec le FMI avaient été initiées mi-mai déjà, mais le processus est au point mort et la dette en dollar s’é­chan­ge en-dessous des 20%. 

Les risques d’insolvabilité

Si les cas de figure varient, un point commun demeure: sans reprise économique rapide et vigoureuse à l’échelle planétaire, l’endettement continuera de se détériorer. 

Pour des états déjà vulnérables avant la pandémie, la diminution de liquidités et d’accès immédiat aux devises internationales augmenteront les risques d’insolvabilité. 

En avril dernier, le G20 avait avalisé la suspension provisoire du service de la dette sur des prêts bilatéraux jusqu’à fin 2020 pour les pays les plus pauvres.

En attendant des temps meilleurs, il n’est pas exclu que certains détenteurs obligataires doivent faire preuve de plus de solidarité, volontaire ou non.

*Analyste, Mirabaud & Cie SA






 
 

AGEFI



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