Mini-Future: un levier relativement bon marché sur l'euro

dimanche, 16.06.2019

Marché des devises. Les chocs de la demande dopaient l’épargne mondiale ainsi que le dollar, tant que le commerce international n’était pas menacé.

Levi-Sergio Mutemba

Dans leur bulletin tactique du marché des devises, publié vendredi, les experts de Morgan Stanley notent à quel point le secteur privé américain a bénéficié de la globalisation au cours des dernières décennies. Grâce à elle, il a notamment pu importer des capitaux étrangers bon marché. En dix ans, à fin décembre 2018, la position d’investissement international nette (NIIP) des États-Unis est ainsi passée d’un niveau négatif de -5000 milliards de dollars environ à un déficit de 10.000 milliards.

C’est en grande partie ce capital maintenu bon marché, grâce à une politique monétaire particulièrement expansionniste, qui a contribué à accentuer l’efficience et la rentabilité des débiteurs institutionnels américains. «La majorité de la hausse des profits aux États-Unis au cours de la décennie écoulée est due à des sources de financement étrangères», soulignent les analystes forex de Morgan Stanley.

Du reste, la supériorité des revenus tirés des placements des agents américains à l’étranger (par rapport aux revenus tirés des placements étrangers aux États-Unis) explique ce paradoxe consistant pour les États-Unis à afficher un solde NIIP négatif alors que le solde des revenus est positif. Les entreprises américaines, concluent les experts de la banque d’affaires, «ont profité de la globalisation de façon disproportionnée».

L’un des principaux bénéficiaires en est le dollar US. Jusqu’ici. En effet, en l’absence de guerre commerciale, les chocs de la demande profitent au dollar, soit en tant que valeur refuge soit en tant que devise dans laquelle sont libellés les actifs les moins exposés à ces chocs de nature globale. Mais lorsque les échanges internationaux sont menacés, c’est-à-dire ce sur quoi repose l’accumulation des revenus tirés des entreprises américaines à l’étrangers et le solde positif des revenus des États-Unis, le dollar est plus vulnérable.

Notamment face au yen, mais aussi face à l’euro. D’où l’intérêt du certificat EUR-USD Mini-Long (ISIN CH0304566224) sans échéance (open-end). Ce mini-future a été émis en décembre 2015 au prix de 2,63 francs (sans couverture contre le risque de change), lorsque l’euro valait 1,2200 dollar contre 1,1208 actuellement, à peine quelques jours avant l’abandon du peg par la Banque nationale suisse (BNS) au début du mois de janvier 2016.

La dépréciation graduelle et continue de l’euro contre le dollar a été telle que le mini-future, dont le levier était de 4 fois à l’émission, a perdu un peu plus de 55% de sa valeur depuis son lancement. Il s’échange actuellement au prix de 1,40 franc à la SIX Structured Products, d’après les données de son émetteur, BNP Paribas, au vendredi 14 juin. Son levier est donc de 8x au cours actuel du sous-jacent, celui-ci se situant à 12% du stop-loss actuel.

Avec un niveau de financement de 0,9839 dollar, qui correspond à l’apport de l’émetteur par rapport au cours du sous-jacent, l’apport de l’investisseur n’est que de 12%. Rappelons que le niveau de financement ajouté à l’apport de l’investisseur correspond au prix du sous-jacent. Ce niveau de financement évolue avec le temps, afin de s’ajuster aux conditions du marché, mais ne diminue jamais (dans le cas des mini acheteurs).

Dès lors que la banque émettrice mobilise des fonds pour offrir à l’investisseur l’accès à ce capital ou, autrement dit, pour lui permettre de ne mobiliser qu’une fraction du prix total du sous-jacent, ce dernier paie quotidiennement des frais de financement basés sur une marge d’intérêt (financing spread) fixée par l’émetteur et intégrés dans le prix du produit. Cette marge d’intérêt repose à son tour sur le taux de référence du marché monétaire (Libor).

Ce taux de financement est actuellement de 7,27%, d’après les données BNP Paribas, sachant que le spread maximal prédéfini par au taux Libor est de 5% (le taux Libor était en effet de 2,27% vendredi 14 juin). Enfin, les investisseurs suisses courent le risque supplémentaire d’une évolution défavorable du dollar par rapport au franc suisse, contrairement à la perspective de l’investisseur résidant dans la zone euro.






 
 

AGEFI



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