Forte hausse des émissions obligataires en Corée du Sud

dimanche, 17.03.2019

Marché de la Dette. Les entreprises sud-coréennes s’empressent de lever des fonds sur les marchés des capitaux.

Gianni Pugliese*

Des coûts d’emprunts au plus bas depuis deux ans et demi constituent une opportunité de bloquer des conditions de financement avantageuses à ne pas manquer. 

L’actuel recours à l’endettement reflète également l’inquiétude des sociétés qu’un ralentissement de l’économie ne détériore leur qualité de crédit et les force à payer une prime de risque supérieure, ce qui reviendrait à augmenter leurs charges d’intérêts. C’est pourquoi depuis le début de l’année, les nouvelles émissions d’obligations d’entreprises ont progressé de 17% pour atteindre 13.600 milliards de Wons (12,1 milliards de dollars) selon Bloomberg, montant le plus élevé depuis 2012. 

LG Chem, une filiale du Groupe LG, est un exemple qui reflète bien la tendance. La société avait initialement planifié d’emprunter 500 milliards de Wons. Après avoir collecté un carnet d’ordres de plus de 2600 milliards de Wons, le Groupe a finalement décidé d’émettre 1000 milliards de Wons répartis en quatre tranches. Dans la foulée, Korea Ocean Business Corp., la société publique créée l’an dernier, se prépare à lancer son tout premier emprunt pour un montant prévu de 500 milliards de Wons sur deux échéances.

Solliciter le marché

Le moment est en effet très favorable pour solliciter le marché puisque: 1) les rendements souverains à 3 ans (1,79%), 5 ans (1,85%) et 10 ans (1,98%) ont baissé entre 50pb et 85pb depuis le mois de mai 2018 et 2) la prime de risque sur une échéance à 5 ans pour un émetteur noté AA- est au plus bas depuis septembre 2015, à 50pb. Pour rappel, cette prime a évolué entre 37bp et 68bp sur ces cinq dernières années. Or, comme mentionné précédemment, un ralentissement économique pourrait avoir des conséquences baissières sur la demande des investisseurs et haussières sur les primes de risques. 

La Banque de Corée s’est montrée préoccupée par la faiblesse de la conjoncture pour 2019. La croissance et l’inflation ont été révisées à la baisse de 2,7% à 2,6% et de 1,7% à 1,4% et les exportations souffrent à cause de la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine. Certains spécialistes de marché partagent l’inquiétude et n’excluent pas un écartement dès le mois de mai prochain lorsque les agences de notation commenceront leurs révisions périodiques des entreprises. Ils pensent que des abaissements de perspectives et/ou de notes de crédit pourraient effectivement générer de la volatilité sur la portion de rendement exigé pour couvrir le risque de crédit. 

Attention à l’alarmisme

Mais attention à ne pas tomber dans l’alarmisme. Après tout, la croissance en Corée du Sud n’est de loin pas pire que celle observée un peu partout ailleurs. Les craintes de ralentissement économique global contribuent à maintenir les taux souverains bas et à encourager la quête du rendement. Alors oui, les primes de risque peuvent augmenter en cas de pessimisme mais sans dégâts majeurs pour les investisseurs. Côté émetteurs, l’opportunité de se financer à bas prix est trop belle pour la reporter à plus tard.

*Analyste Obligations chez Mirabaud & Cie






 
 

AGEFI



...