Des marchés boursiers relativement placides

lundi, 20.05.2019

Marché actions. Un certain calme concernant la bataille commerciale US-Chine plane sur les marchés financiers.

Pierre-François Donzé*

Une résolution du conflit paraît s’éloigner, au vu des échanges récents mais notre scénario central reste qu’un accord sera finalement trouvé. Trop de mesures protectionnistes et de pressions nous semblent dommageables pour les deux pays et également Trump en vue des élections de 2020. L’attitude des investisseurs et l’évolution des marchés obligataires montrent qu’en cas de chaos ils s’attendent à ce que la Fed vienne en soutien, avec une coupe de taux. 

L’administration américaine a annoncé retarder de 6 mois la mise en place de taxes douanières supplémentaires visant les importations d’automobiles et de pièces détachées européennes et japonaises (qui sont actuellement imposées à 2,5%). Ceci constitue une bonne nouvelle pour les marchés boursiers. C’est un net soulagement pour le secteur, au moment où les ventes de voitures particulières en Chine fléchissent (en repli de 24% sur un an), et notamment pour Allemagne, qui écoule environ 27 milliards d’euros de véhicules par an aux Etats-Unis. 

La position de Trump contre la Chine s’est par contre durcie avec le placement de Huawei sur liste noire pour limiter l’accès aux fournisseurs américains pour ses composants. Si la Chine a annoncé vouloir taxer nombre de produits américains, elle ne parle pas d’arrêter les achats de produits agricoles. Les flux de capitaux tendent à diminuer entre les deux pays. Une étude montre que les investissements chinois aux Etats-Unis ont diminué de 805 échanges en 2018. 

La dernière hausse de tarifs devrait pouvoir être absorbée sans trop de peine, avec un impact estimé de -0,3% sur le PIB chinois et de -0,2% sur la croissance du PIB aux Etats-Unis. L’inflation est faible, ce qui permet de limiter l’impact sur les consommateurs américains de la hausse des prix générée par les droits et donc de soutenir leur moral. Ainsi, l’indice de confiance de l’université du Michigan montre une certaine euphorie. Il est ressorti à 102,4, le plus haut niveau des quinze dernières années. 

L’économie chinoise montre des signes d’essoufflement. Ainsi, la production industrielle a ralenti en avril, avec une progression de 5,4% sur un an de même que les ventes au détail, en hausse de +7,4% alors que le consensus attendait +8,6%. Ces statistiques ravivent le débat sur la nécessité de mettre en place davantage de mesures de relance. En attendant, le yuan se déprécie, ce qui est déjà un stimulus.

Recommandations

Richemont (ISIN: CH0210483332, prix: CHF 73.10)

Le groupe publie ses résultats 2018/2019 de son exercice bouclé au 31 mars. L’interprétation des chiffres mérite d’être commentée. Le chiffre d’affaires s’envole de +27% mais ceci est dû à l’intégration des sociétés de ventes en lignes qui ont été reprises, complétement ou en partie, sur l’année écoulée. 

Yoox Net-a-porter, la principale reprise dont Richemont détenait déjà une large part, représente la principale distorsion sur les résultats. En effet, la consolidation, suite à la reprise totale de la société, dope le chiffre d’affaires mais la réévaluation de la position, déjà détenue avant la reprise, ajoute comptablement près d’1,4 milliard d’euros au bénéfice. Ce dernier progresse ainsi artificiellement de 128% alors que l’activité en ligne pèse sur les marges puisque, bien que prometteuse à moyen terme, elle génère des pertes encore à ce jour. 

Sans l’effet des impacts dit «extraordinaires», liés à ces reprises, les ventes du groupe progressent de 8%. Ce qui reste mieux qu’attendu alors que la rentabilité et le bénéfice net sont inférieurs aux prévisions des analystes. Le secteur du luxe se traite historiquement plus cher que la moyenne du marché mais Richemont a récemment corrigé dans des proportions qui pourrait bien avoir ramené le cours du titre sur des niveaux intéressants.

Secteur des smartphones: Google / Huawei

L’administration Trump a placé Huawei Technologies sur une liste noire, rendant difficile pour l’entreprise l’achat de produits fabriqués aux Etats-Unis. Google, dont le système Android équipe l’immense majorité des smartphones dans le monde, a indiqué hier commencer à suspendre ses relations avec le chinois Huawei. 

Google ne fournira plus de logiciels, de matériel informatique et de services techniques à Huawei à l’exception de ceux figurant dans l’Android Open Source Project (AOSP), une version libre de droits du système d’exploitation de Google. C’est une décision lourde qui signifie que les applications phares de Google (Gmail, YouTube, Chrome), qui ne sont pas couverts par la licence en open source, ne seront donc plus disponibles sur les futurs modèles de smartphone Huawei. La décision de Google ne devrait pas trop avoir d’effet en Chine car la plupart des applications mobiles de Google y sont interdites et remplacées par des alternatives chinoises, telles que Tencent et Baidu.

Le deuxième marché le plus important de Huawei, l’Europe, risque en revanche d’être davantage touché par cette décision. Huawei a annoncé ce weekend vouloir réduire sa dépendance aux composants américains. La société s’attend à ce que sa croissance ralentisse mais seulement légèrement en dépit de la décision américaine.

*Gérant discrétionnaire à la Banque Bonhôte & Cie SA






 
 

AGEFI



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