L’Iran pointé du doigt

mercredi, 18.09.2019

Marché actions. L’index est à nouveau dirigé sur l’Iran, qui serait responsable de plus de 100 attaques contre Riad.

Françoise Mensi*

La grave attaque menée contre deux des complexes de traitement de pétrole de Saudi Aramco pose de nouveaux dilemmes pour l’administration Trump et l’économie. La perte est estimée à plus de 5,7 millions de barils de pétrole jour, soit près de la moitié de la production de l’Arabie Saoudite et 6% de la production mondiale. Le prix du baril brut s’est par conséquent envolé et devrait rester soutenu à court terme par une hausse de la demande de précaution. L’index est à nouveau pointé sur l’Iran, qui serait responsable en mode occulte de plus de 100 attaques contre Riad. Le président américain a fait allusion à l’éventualité d’une riposte militaire et le recours aux réserves stratégiques de pétrole brut a été autorisé si nécessaire, autrement dit en cas de pénurie. Même si l’économie mondiale est moins dépendante des hydrocarbures que lors des chocs d’offre des années 70, les craintes d’escalade de la crise au Moyen-Orient augmentent l’incertitude sur les marchés, en réduisant la confiance des consommateurs, des entreprises et des investisseurs, ce qui peut encore plus miner l’expansion économique. 

Aux Etats-Unis, une série d’indicateurs meilleurs que prévu rassure toutefois, avec la progression de 0,4% en août des ventes au détail et le sentiment des consommateurs au-dessus des attentes. En Chine par contre, la production industrielle a seulement augmenté de 4,4% sur un an en août. C’est le rythme le plus faible enregistré depuis 17 ans. La croissance du PIB chinois pourrait ainsi ralentir davantage, ce qui augmente les chances d’un nouvel assouplissement monétaire de la part de la banque populaire de Chine. Les banques centrales continuent d’assouplir leur politique monétaire. Ainsi la BCE a déployé les mesures promises, avec une baisse de taux de 10 points de base et repris le «quantitative easing» avec un programme sans fin d’achats de titres de 20 milliards d’euros par mois à partir du premier novembre. Ses prévisions de croissance pour la zone euro ont été réduites à 1,2%. Le consensus s’attend ce mercredi à une baisse de taux de 25 points de base par la Fed, qui devrait maintenir un biais «dovish» pour les prochains mois, même si l’inflation des prix à la consommation a augmenté à 2,4%, entraînant une pentification des courbes de rendements obligataires.

Les prémices d’un repositionnement sectoriel?

Les grandes capitalisations boursières ont récemment mené l’indice suisse sur de nouveaux records. Mais alors que l’indice finit la semaine pratiquement inchangé, on assiste à un certain nombre de mouvements de titres laissant penser qu’une rotation sectorielle se met en place.

Pour la première fois, les trois poids lourds que sont Nestlé, Novartis et Roche ont fait  l’objet de prises de bénéfices après la remarquable performance engrangée depuis le début de l’année. Nestlé recule sur la semaine de plus de 6% après une progression de 40% sur l’année. Dénommée le «proxy obligataire» le géant veveysan est un des rares titres ayant affiché une corrélation négative avec les taux à 10 ans. Nestlé a en effet souvent vu son cours progresser dans des moments d’incertitude alors que la grande majorité des autres titres reculaient, un peu comme progresse le cours d’une obligation de bonne qualité en période de stress, sous l’effet de la baisse des rendements associés à la recherche de valeurs refuges.

Pentification de la courbe de taux en Suisse

En parallèle, on a pu observer sur le mois une remontée parfois spectaculaire de nombreux titres. Près d’un quart de la cote helvétique (environ 50 titres) a performé de plus de 10% depuis la mi-août dont une quinzaine de titres progressant de plus de 20%. Ces changements sont à mettre en regard de la pentification de la courbe de taux en Suisse, entre le rendement des emprunts gouvernementaux à 10 ans  et le taux libor à 3 mois. La pentification de la courbe s’est faite par la remontée d’un demi-pourcent des taux à long terme. Cette pentification, comme nous l’avons évoquée lors de notre revue trimestrielle, a historiquement été associée à une surperformance des actions bancaires ainsi que de titres plus cycliques. Cette fois encore cette pentification s’est traduite par une surperformance des bancaires, Crédit Suisse progressant de 19% depuis la mi-août et UBS d’environ 15%, contre 2% pour l’indice SPI.

Cette amorce de rotation sectorielle et de «style» s’est également observée sur les places étrangères après l’incroyable sur-performance des valeurs de croissance et la sous-performance historique des titres dits «values». Les titres values ont enregistré un regain d’intérêt permettant au ratio Growth/value de se replier sous le niveau historique de 2000. 

Sommes-nous à l’aube d’un rattrapage des titres «value» qui ont souffert d’un désamour depuis 13 ans? Il est certain que la dispersion de valorisations au sein de l’univers des actions n’a jamais été aussi élevée. Les actions déjà généreusement évaluées ont continué à progresser en 2019 alors que des secteurs entiers (secteurs bancaires, automobiles, énergie) se sont enfoncés à des niveaux de valorisations rarement observés. Ce rattrapage devrait se faire aussi bien au niveau des titres values que des small et mid cap qui accusent également un retard important par rapport aux grandes capitalisations.

*Portfolio manager à la Banque Bonhôte & Cie SA






 
 

AGEFI




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