Aucune crainte de contagion mondiale

lundi, 03.09.2018

Marché actions. Les problèmes d’un pays émergent particulier sont devenus les problèmes des autres.

Françoise Mensi*

Les difficultés pour les marchés émergents sont entrées dans une nouvelle phase. Ce qui était clairement des crises spécifiques à un certain pays deviennent soudainement des problèmes mondiaux. L’indice MSCI EM (marchés émergents) a enregistré une baisse de 2.5% au mois d’août. Il s’agit de la cinquième perte mensuelle.

L’Argentine a relevé jeudi dernier son taux directeur à 60% pour freiner la chute de sa monnaie. Le peso a perdu 30% sur la semaine, c’est la pire performance parmi les principales devises des marchés émergents. 

Cette absence de raisons particulières

Bien que la Turquie n’ait pas avancé dans la résolution de ses nombreux problèmes, il est difficile de comprendre pourquoi la livre a encore chuté de 4% en une seule journée. Cette baisse serait liée à la démission de l’un des quatre vice-gouverneurs de la banque centrale. Mais ce raisonnement ne convainc pas, car ce gouverneur n’est parti que pour prendre d’autres responsabilités gouvernementales.

Il ne semble pas non plus y avoir de raisons particulières pour lesquelles le rand sud-africain ou le real brésilien ont aussi besoin de faiblir d’environ 3%. Cela ressemble à une contagion. Les problèmes d’un pays émergent particulier sont devenus les problèmes des autres. Cette fois-ci, on ne trouve pas uniquement l’explication dans les fluctuations haussières du dollar, car le billet vert a perdu du terrain durant la semaine dernière.

Est-ce qu’une intervention du Fonds monétaire international (FMI) peut inverser la tendance? Les plus grands pays émergents peuvent sans doute compter sur un plan de sauvetage du Fonds monétaire comme celui prévu pour l’Argentine. Il reste que les 50 milliards de dollars attribués se sont avérés totalement insuffisants pour arrêter la chute du peso.

En conclusion, la rapide dépréciation des devises émergentes depuis le début de l’année laisse craindre une forte accélération des pressions inflationnistes. Cet élément pourrait peser sur l’activité au cours des prochains trimestres. En revanche beaucoup de ces inquiétudes sont déjà bien escomptées dans les prix actuels. Nous n’attendons donc pas une contagion mondiale.

Recommandations

Sonova (ISIN: CH0012549785, prix: CHF 183.90)

La société annonce un plan de rachat d’actions d’un montant jusqu’à CHF 1,5 milliard. Ce plan démarrera en octobre et s’étalera sur une période maximale de 3 ans. Le montant total représente, au prix actuel, environ 13% du capital total de la société. 

Le groupe s’est réservé le droit de réduire son plan au cas où une opportunité d’acquisition viendrait à se présenter. Cette opération constitue une optimisation du bilan du groupe qui en a les moyens avec une dette nette de l’ordre de CHF 200 millions. 

Sonova est une société très solide avec un marché sous-jacent en croissance de 3% à 4%. Le groupe par son positionnement est capable d’imposer ses prix. 

Toutefois ces qualités indéniables ont un prix. Sonova se traite à plus de 25 fois les bénéfices 2019 et à plus de 18 fois la valeur d’entreprise sur l’EBITDA (Earnings before interest, taxes, depreciation, and amortization), ce qui est relativement cher. 

Neutre à ces niveaux.

Shopify (ISIN: CA82509L1076, prix: USD 145.-)

Shopify est une plateforme de commerce électronique basée au Canada. Elle est devenue en quelques années un acteur majeur de la création de boutiques en ligne, avec plus de 200.000 utilisateurs actifs répartis dans 175 pays. Le marché à conquérir est vaste, avec plus de 10 millions de petites entreprises aux Etats-Unis et 50 millions dans le monde.

Shopify s’est bâti une niche dans le transactionnel en ligne et hors ligne. L’accent est mis sur les marchands de taille petite et moyenne, contrairement à Amazon ou Ebay qui sont plus centrées sur les acheteurs et les prix. L’idée est de leur trouver de nouveaux canaux de vente et fonctionnalités pour qu’ils puissent créer une identité de marque. 

Les initiatives de croissance consistent notamment à investir des ressources dans la plateforme à l’international. La transition du stockage des données vers le cloud donne désormais une plus grande flexibilité dans l’introduction de nouveaux produits. Si la croissance du chiffre d’affaires est impressionnante (+62% sur un an à USD 245 millions), il reste à générer des profits durables. 

Encore du potentiel de performance.

*Gérante discrétionnaire de la Banque Bonhôte & Cie 






 
 

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