Haute tension sur les marchés

lundi, 23.03.2020

Marché actions. L’enthousiasme né de l’élection de Trump ne se retrouve pas dans l’évolution de l’économie.

Pierre-François Donzé*

Pierre-François Donzé

Les marchés financiers font face à une disruption sans précédent dont le terme est largement imprévisible. La variable clef est quelle sera la durée du blocage de l’économie mondiale. Or, celle-ci est conditionnée par les mesures drastiques pour freiner la propagation du virus, avec un confinement qui se généralise. Le coût de cette pandémie, en termes humains et de croissance économique, est très difficile à chiffrer ce qui exacerbe la volatilité de tous les marchés financiers. Au niveau des entreprises, on parle d’une chute des bénéfices de 15% à 20% en moyenne. 

La nouvelle que les Démocrates ont bloqué ce week-end au Sénat le projet de loi, avec près de 2000 milliards de dollars de soutien budgétaire, à seulement 47 votes en sa faveur, alors que 60 étaient nécessaires pour son passage, n’arrange pas les choses. Les Démocrates estiment en effet que les mesures prévues équivalaient à un sauvetage de Wall Street et des entreprises avec très peu pour les travailleurs. Lorsqu’un officiel de la Fed a évoqué un taux de chômage pouvant grimper de 3% à 30% et une chute potentielle de 50% du PIB américain au second trimestre l’inquiétude a augmenté. 

La semaine écoulée a été marquée par un véritable plongeon du S&P500 qui a balayé les gains de 2019 et plus encore. Mars n’est pas encore terminé mais c’est déjà le déclin mensuel le plus prononcé de l’histoire de l’indice, équivalent à celui de novembre 1929 lors de la grande dépression. L’accélération du nombre de cas testés positifs au coronavirus aux Etats-Unis (plus de 30.000) et les efforts pour en contenir l’expansion, avec des mesures de confinement dans plusieurs Etats, ont exacerbé les craintes de dépression économique. Les marchés boursiers européens ont relativement bien résisté, avec une baisse de l’ordre de 3%. Ceci est interprétable comme une réaction positive au plan de la BCE, avec un programme d’achats de 750 milliards d’euros d’obligations, et aux énormes paquets d’aide budgétaire en passe d’être dégagés par les gouvernements. 

Les banques centrales et les gouvernements intensifient leur réponse à cette crise, pour limiter les problèmes de liquidité et offrir des garanties publiques aux entreprises et aux ménages. Les premières ont coupé agressivement leurs taux d’intervention et instauré d’importants programmes de «quantitative easing». Les seconds font exploser les mesures budgétaires (32 milliards de francs de plus en Suisse). Il manque cependant une réponse coordonnée de ces entités au niveau global. Le marché des obligations souveraines essaye de digérer les implications dramatiques des programmes budgétaires sur les dettes publiques. Un resserrement des écarts de taux des pays périphériques de la zone euro a été observé (-40bp pour l’Italie). Le marché des obligations privées est particulièrement volatile avec un élargissement des écarts de rendement pas vu depuis la crise financière de 2008.

*Gérant discrétionnaire de la Banque Bonhôte & Cie






 
 

AGEFI



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